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7. SUR MES TERRES
Written by Patrick Pahlavi   
SUR MES TERRES.

 

 

Avec ma femme et notre premier fils, Davoud, nous partîmes nous installer  sur mes terres. En 4X4, depuis Téhéran, 500 km de route souvent très belle. Celle-ci traversait  la chaine de montagnes de l'Elbrouze jusqu'à la mer Caspienne. Elle continuait ensuite vers l'Est jusqu'au pays des turkmen. Mes terres étaient là-bas au millieu des collines d'un pays vert et boisé. Ayant viré l'équipe mise en place par la Cour, qui gérait notre exploitation agricole et volait sans vergogne, je prenais les choses en main. Je délaissais le grand bureau pompeux qu'ils avaient installé, pour une petite pièce, plus modeste, dont je repeignais moi-même la porte en blanc.

 Une table, quatre chaises pliantes et une machine à calculer mécanique, voilà pour le mobilier. Mollah Réza, l'un des paysans qui avait été à l'école et savait lire le Coran en arabe, devient notre nouveau contable. Ne comprenant rien, ni à l'agriculture ni au négoce, je réunissais tous les paysans sur l'esplanade aux tracteurs, une vaste place devant les hangars, et leur expliquais:

--  Nous allons travailler ensemble. Je fais passer votre part de sept pour cent, ce qui est la norme, à cinquante pour cent. Vous choisirez les graines que nous achèterons ainsi que l'acheteur à qui nous vendrons les récoltes et le prix auquel nous les vendrons. De plus, chacun des trois villages élira un représentant qui pourra venir me voir, à toute heure du jour et de la nuit. Enfin je prendrai à ma charge les frais médicaux que vous rencontrerez et ce,  quelqu'en soit le montant. Enfin, nous aurons un rendez-vous hebdomadaire où vous serez tous conviés et où chacun pourra parler et dire ce qu'il pense de la gestion de notre entreprise. Vos critiques seront les bien venues mais elles devront être pertinentes et et justifiées.

Je travaillais moi-même aux champs avec eux et conduisais aussi les tracteurs. Nous fimes également construire un bain publique mieux équipé que celui qui existait déjà et qui était vétuste et à la limite du salubre. Je faisais aussi construire une école et un dispensaire. Pour ce dernier, j'engageais deux médecins pakistanais. Enfin, nos trois tracteurs étant fatigués, j'achetais deux nouveaux tracteurs Volvo et leur jeux de charrues. A la fin de l'année le revenu de mes terres avait doublé. Lorsque j'avais finit mon travail au bureau et trouvais du temps libre, je prenais la vieille Jeep de l'entreprise et rendais visite aux trois villages: Aytchar, Barani et Toggheh. Je voulais connaitre les hommes mais aussi leurs familles, afin de connaitre leurs préoccupations et leurs problèmes. Je découvrais par exemple que près d'un tier d'entre eux, tous ages confondus, utilisaient l'opium. C'était leur médicament à tout faire. Rhumatismes, rages de dents, mal au ventre, ils calmaient tout avec ce produit. Pendant un certain temps j'ai essayé de les dissuader d'en prendre avant de réaliser que c'était peine perdue. L'opium faisait partie de leur vie depuis trop longtemps. Il y avait aussi leurs disputes qui pouvaient être très violentes. Je me rapelle, entre autres, du cas de ce paysan qui avait eu la tête à moitiée arrachée par un coup de pelle. Mais leur plus gros problème restait malgré tout celui des insecticides pulverisés par les avions au ras des terres. Ceux-ci les empoisonnaient. Régulièrement j'envoyais des hommes mais aussi des femmes et des enfants se faire soigner à la capitale.

Une fois par semaine avec les deux médecins pakistanais, nous prenions la Jeep et partions dans les montagnes soigner les gens dans les villages inaccessibles.

Nous avons ainsi soigné et aidé pas mal de monde. Je me souviens entre autre de cette femme en couche qui avait quelque problèmes et que nous avons assistée.

Il y avait aussi un grand nombre d'infections diverses et de maux intestinaux. Une fois tous les trois mois nous portions un plein camion de blé au plus démunis.

Un jour, il devait-être deux heures de l'après midi, alors que je faisais les comptes

avec le mollah Réza, un homme se présenta à la porte.

 --  J'ai subit une injustice et vous demande de m'aider.

 --  De quel village es-tu?

 -- Je ne fais pas partie de vos employés. Je viens de la ville Kalaleh.

 Le mollah Réza me dit à voix basse que si je m'occupais de lui, j'aurais bientôt tous les plaignants de la région sur les bras. L'homme avait une bonne tête et semblait surtout désespéré. Je le faisais entrer et lui demandais d'expliquer son cas.

 --  Jai un lopin de terre et mon voisin qui est très influent, m'en a volé une partie. J'ai le plan de mon terrain et toutes les preuves nécessaires, mais où que j'aille, ma plainte est refusée, je vous demande de m'aider. Nous prîmes la Jeep avec l'homme et Mollah Réza et partîmes pour Kalaleh. Cette ville n'étant qu'à une dizaine de kilomètres, un quart d'heure plus tard nous étions à pieds d'oeuvre.

--  Voyez, j'ai planté des arbres tout autour de mon terrain, ils auront quatre ans cette année. Or, sur le côté nord je n'ai plus d'arbres, par contre la rangée est intégrée au terrain de mon voisin.

 Je comparais les arbres. C'était bien les mêmes et du même age, dans les deux terrains. Je regardais encore le plan, il n'y avait aucun doute possible, l'homme disait la vérité. Je faisais alors appeler le dit voisin. Il vint une demi heure plus tard. C'était un homme dans la cinquantaine et plutôt bien habillé. Il marchait avec nonchalance et le sourire narquois qui ornait son visage eût le don de me taper sur les nerfs.

 --  Vous avez empiété sur le terrain de votre voisin, c'est évident. Vous devez lui rendre son bien.

 --  Il y a la police, la gendarmerie et les juges, de quoi vous mêlez-vous?

 --  Ils n'ont certainement pas fait leur travail car votre vol saute aux yeux.

 --  Si j'étais à votre place, je ne me mêlerais pas de ça. Tout prince que vous êtes ,vous aurez des histoires, j'ai des appuis que vous ne soupçonnez pas.

 --  Vous allez rendre ces terres je vous le garantis.

 Je lui fis effectivement rendre les terres et n'en entendis plus parler. Deux jours plus tard j'avais quatre personnes qui m'attendaient à la porte de mon bureau. Tous quatre avaient des plaintes à formuler qu'aucune instance gouvernementale n'avait voulu prendre en compte. Dès le mois suivant, ils étaient cinq cent à m'attendre tous les matins, sur l'esplanade aux tracteurs. Je ne traitais que les cas évidents et, très vite, pris la résolution de confronter les deux parties. Très souvent j'obtenais des règlements à l'amiable. Lorsque les cas restaient obscures ou trop complexes, j'écrivais des lettres aux services compétents. Il y avait le cas de cet homme qui, à la mort de son père avait fait mettre tout l'héritage à son nom, lèsant ainsi son petit frére qui au moment du décès n'était qu'un jeune enfant. Le cas de ce mariage où les parents de la mariée avaient bouffé l'argent du prétendant et avaient finalement marié leur fille à un autre. Le cas de ce troupeau de moutons qui s'était purement et simplement  volatilisé et que l'on retrouva, incorporés au cheptel d'un gros négociant. Enfin le cas presque anecdotique de ce jeune homme me demandant de récupérer sa femme qui ne voulait plus de lui.

Parmi tous ces cas et surtout lorsqu'il s'agissait de grosses arnaques, je notais souvent un lien entre le malfaiteur et un certain général Bozayen qui était en fait  le gouverneur militaire de la région.

Un jour un tout petit homme vint me voir. Il portait un bonnet noir sur la tête et son visage était orné d'un collier de barbe blanche, à la façon des sept nains de Blanche Neige. Il tenait un énorme dossier sous le bras.

--  Mon terrain est enserré entre la montagne et les terres d'un riche propriétaire. La loi stipule qu'il doit me donner accès à la route, mais il refuse. J'ai porté plainte partout. J'ai même écrit à sa Magesté, à l'impératrice et au premier minis-tre, monsieur Hoveyda. Mais je n'obtiens pas gain de cause.

Par curiosité plus que tout autre chose, je risquais:

--  Ce monsieur qui vous refuse le passage, a-t-il un lien avec le général Bozayen?

--  Oui, et c'est ça le drame. Toutes mes plaintes reviennent en définitif au général et elles sont enterrées. C'est pour cela que je viens vous voir.

 J'écrivis alors une lettre au général Bozayen, l'informant du problème que rencontrait le petit homme dont la seule requête était de pouvoir cultiver sa terre et pour ce, obtenir un accès à la route, conformément à la loi. J'ajoutais au bas de la lettre que si cette injustice n'était pas réglée très vite, j'en informerais sa Magesté lors de mon prochain passage à Téhéran.

 Une semaine plus tard, le petit homme vint me remercier. Il trainait derrière lui un mouton.

 --  Grâce à vous j'ai enfin obtenu gain de cause, je vais pouvoir cultiver mon terrain. Permettez moi de vous offrir ce mouton en gage de reconnaissance.

J'étais heureux de pouvoir aider les gens mais l'affluence devant mon bureau, qui commensait dès huit heures du matin, devenait gênante pour mon travail.

Un jour, un homme vint me voir porté par quatre de ses amis. Dès qu'il fût dans mon bureau il enleva sa chemise et me montra son dos. Il était zébré de traces de coups, bleutées, dont certaines étaient ouvertes. De toute évidence, l'homme avait été salement bastonné.

--  Je travaille pour Hussain Mohammadi, il frappe ses paysans, regardez ce qu'il m'a fait!

Je connaissais Hussain Mohammadi. C'était un très riche négociant qui possédait une rafinerie pour le coton. Il roulait en mercedes et portait de beaux complets. Nous lui avions vendu notre coton, il y avait deux ans de cela. Je n'arrivais pas à croire qu'un homme civilisé, puisse se livrer à une telle barbarie.

J'envoyais Mollah Réza et mollah Darwish, le muézzine de notre mosquée, se mélanger aux paysans de Mohammadi afin de voir où se trouvait la vérité.  Une semaine plus tard, ils revinrent porteurs d'un triste constat. Mohammadi battait et insultait ses employés. Or, Il était lui aussi, dans le cercle des intimes de Bozayen.

Face à l'évidence, je donnais les instructions nécessaires à ses employés afin qu'ils ne le laissent plus pénétrer sur ses terres, tant qu'il ne s'excuserait pas auprès de l'homme qu'il avait battu et tant  qu'il ne promettrait pas de changer de comportement.

Deux jours après Hussain Mohammadi vint me voir, stoppant sa mercedes devant mon bureau dans un nuage de poussière. Echevelé et furieux et vociférait.

--  Prince, il y une loi dans ce pays. De quel droit commandez-vous à mes paysans de m'interdire de rentrer chez moi? Je me plaindrai.

--  Vous avez raison monsieur Mohammadi,  il y a une loi dans ce pays et j'espère qu'elle vous interdit de frapper vos employés à coup de baton et de les insulter. Excusez-vous, changez votre comportement et tout rentrera dans l'ordre.

--  Vous savez ce qui va se passer si les patrons commencent à s'excuser auprès de leurs employés? Ce sera la pagaille, pire la révolution. Vous avez une âme de communiste, vous ne prenez parti que pour le petit peuple. Je ne comprends pas pourquoi vous haissez tant les gens biens. Méfiez-vous car il n'y a pas de place pour les communistes en Iran.

Je ne prenais pas ses menaces au sérieux et j'avais tort. Deux jours plus tard, une voiture de la gendarmerie vint s'arrêter devant ma porte. C'était un colonnel, fanqué de deux lieutenants.

--  J'ai reçu un nombre considérable de plaintes à votre sujet. Ce n'est pas parce que vous êtes un prince que vous pouvez faire la loi. Avec vos agissements vous fomentez  une révolte populaire dans toute la région. C'est amicalement que je vous demande d'arrêter.

--  Vous empestez l'alcool. Revenez me dire tout ça lorsque vous serez sobre.

 Le colonnel ne revint pas et je ne prêtais pas d'importance à ses remontrances. Encore une fois j'avais bien tort. A la Cour, comme dans ma famille mon adhésion à l'Islam, au début, avait amusé. Après quatre ans elle commençait déjà à déranger. Peu à peu une barrière invisible se tissait entre moi et la Cour. Le Shah était réelement agacé, prêt à sévir à la première occasion. Malheureusement, les occasions n'allaient pas manquer.

A l'automne 1974, avec mon épouse et nos deux fils, nous avions eût Houd entre temps, nous rentrâmes à Téhéran pour y passer l'hiver avec ma mère, mon frère et sa famille.

Cathy était réapparu dans ma vie. Elle avait épousé mon ami Bahman et nos deux familles se fréquentaient, ayant à peu près le même mode de vie que je qualifierai  d'occidentale ( et pour moi hippie ) islamisé.

Il y avait malgré tout, une différence fondamentale entre la vision qu'avait Bahman de l'Islam et la mienne. Il ne rêvait que d'en découdre au nom du Dieu, alors que pour moi, la religion, quelle qu'elle soit, ne pouvait être orientée que vers la Paix. C'est ainsi que régulièrement, nous discutions autour du Coran. Je lui lisais les versets qui, selon moi appelaientt à la Paix et lui me sortait ceux orientés vers la guerre. Même si dans son argumentation et sa connaissance de cette religion, nouvelle pour moi, Bahman s'imposait, j'étais sûr de mon fait: l'Islam ne pouvait déroger à la règle. Comme toute autre religion, il ne pouvait pointer que vers cet Etre indivisible au sein duquel régnait la Paix. D'ailleurs le nom même d'Islam ne signifiait-il pas faire retour à cette Paix, ce Salam, qu'était Dieu? Impossible de lui faire comprendre ça! Pour lui, c'était clair, il fallait tuer et se faire tuer pour Dieu et c'est malheureusement ce qu'il fit.

A la fin de l'hiver 1975, nous allions rendre visite à Bahman et sa famille, sur leurs terres à quelque deux cents kilomètres de Téhéran sur la route de Zanjan. Nos deux fils et  leurs trois filles s'entendaient bien. Rendant visite aux chevaux, vaches, moutons et poules de la ferme, ils s'amusaient sans réaliser le climat tendu et lourd qui pesait.  Un matin, Bahman me prit à part.

--  Nous allons quitter cette société infidèle et impure et nous réfugier dans les montagnes. Je te demanderais de t'occuper de ma ferme.

 Nous voulions passer des vacances en Suisse au printemps, mais je sentais que c'était râpé. Sonja, mon épouse, qui souhaitait aller voir ses parents n'était pas contente du tout. Objectivement, je le confesse aujourd'hui, elle avait raison. J'avoue que si j'avais réalisé ce qui se passerai par la suite,  je ne serais certainement pas resté. Mais psychologiquement encore très immature, je dois dire, et considérant Bahman comme le seul pote qui me comprenait dans mon aventure islamique, je ne pouvais décemment lui refuser de lui garder sa ferme quelque jours. Nous irions en Suisse un peu plus tard, ce n'était pas un drame.

 Malheureusement c'était un drame et il se préparait. Le jour fixé par Bahman pour leur exodus, Cathy, juchée sur son cheval, les jambes sanglées à la selle, suivie à pieds par son époux et les trois fillettes, prirent le chemin de l'exode pour Dieu. Nous les suivîmes du regard le coeur inquiet. A la nuit, le cheval rentra seul à l'écurie. Avant leur départ, nous avions eût une dernière conversation avec Bahman. J'essayais de lui expliquer que Dieu n'avait pas demandé tout ça. Qu'il lui suffisait que nous pratiquions la justice et  la mansuétude, mais en vain.

 -- Si c'est la mort que tu cherche, pourquoi entrainer des enfants? Viens, tentons, toi et moi, le pélérinage à la Mecque à pieds. Il y a une chance sur deux que nous y restions et si nous survivons ce sera alors la volonté de Dieu.

 --  Je suis quelqu'un qui fait sauter les ponts derrière lui, après les avoir traversés.  Le monde va devenir instable et même invivable, j'espère que tu te souviendra de la voie que je te montre aujourd'hui.

 Son visage s'était soudain assombrit. 

 --  Comme je l'ai souvent dit à la mosquée avec les autres, je tiens encore à le répéter ici une dernière fois: si je reviens des montagnes,  je tuerai tous ceux qui ont refusé de me suivre.

 --  Bahman, je ne te suivrai pas et tu le sais. Pourquoi attends-tu de revenir pour me tuer?

 Troublé il me regarda, puis semblant réfléchir.

 --  Non, je ne peux pas te tuer car ce pays pourrait avoir besoin de toi. Mais tu n'auras pas le droit de me rendre visite dans les montagnes, désormais la vie nous sépare, tu as fait ton choix.

 Pendant près d'un mois je gardais sa ferme avec les quatre employés qui lui étaient restés fidèles. Quinze chevaux, près de cinquante moutons, deux vaches et une vingtaine de poules à s'occuper, sans parler de la luzerne et du blé. A la ferme on ne chaumait  pas. Des nouvelles nous parvenaient, de temps à autres de la montagne. Bahman, Cathy et leurs trois filles, avaient élu domicile dans une grotte et chaque jour des centaines de personnes des villages alentours, leur apportaient des vivres et s'agglutinaient autour de la grotte pour entendre les sermonts de Bahman. Il faut préciser ici que dans cette région de l'Iran, les hivers étaient si froids et la neige tombait en telle abondance, qu'elle coupait durant des mois, les voies d'accès aux villages les plus reculés. Depuis deux hivers, juché sur sa moto de neige, il apportait médicaments et autres produits nécéssaires, aux villageois isolés. Ceci explique peut-être, le soutient massif qu'il recevait dans son exode. Cela faisait près d'un mois que Bahman et sa famille vivaient dans les montagnes et la situation était en passe de se banaliser. Si bien que je comptais engager des travailleurs pour s'occuper de l'exploitation, afin de rentrer à Téhéran et de là partir en Suisse. Mais personne n'est maitre de son destin.  Une nuit, mon épouse me réveilla.

 --  Il y a quelqu'un qui frappe à la fenêtre.

 Je me levais, allumais la lumière et demandais.

  --  Qui est là?

  --  C'est moi, ouvre la porte.

  --  Encore mal réveillé, je ne reconnaissais pas la voix.

  --  Qui, toi?

  --  Bahman, arrête de faire l'imbécile, ouvre moi la porte je te dis.

 Je lui ouvrais non sans appréhension. Ma femme qui se souvenait elle aussi de ses menaces de guerre sainte était terrorisée.

-  Cathy a demandé que ta femme me cuise deux oeufs au plat avant que je parte en guerre sainte.

 A trois heures du matin et mal réveillé, cela faisait quand même beaucoup. Pendant que Sonja cuisait ses oeufs, Bahman sortit un bout de papier de sa poche.

 -- Voici six versets du Coran qui commandent aux croyants de tuer et se faire tuer pour Dieu. Je vois à ton regard que tu me prends pour un boucher et crois moi

ce que je vais accomplir ne m'est pas facile non plus. Mais un musulman doit obéir à Dieu.

Je lisais ses versets, ils étaient tous de la période médinoise.

--  Mais Bahman, ces versets doivent être replacés dans leur contexte. Ils ont été révélé alors que la ville de Médine était assiègée par les forces de la Mecque et que la famine commençait à faire ses premières victimes parmi les musulmans. Ils ne correspondent pas à la situation présente. De plus, tu n'est pas prophète, tu n'as pas cette responsabilité.

--  Ali Agha, c'est ainsi qu'il m'appelait, cela suffit. Nous avons discuté de cela à maintes reprises, je sais ce que tu penses comme je sais que tu te trompes. C'est la peur qui dicte ta soi-disant sagesse. Mais le croyant ne doit pas craindre la mort. Et, de toute façon, tu le sais, je ne reviens jamais en arrière.

 Bahman avait écrit depuis six mois des lettres à une quarantaine de personnes, les mettant en garde que lorsqu'il commencerai son Jihad il les tuerai tous. Il y avait sur sa liste le Shah, le père de Cathy, son propre père à lui, et un tas d'autre monde, mais bien sûr personne ne l'avait prit au sérieux. Ce soir là pourtant, il y avait une lumière dangereuse dans son regard. Il finit ses oeufs et partit dans la nuit me laissant en plein effroie. Il est difficile d'exprimer le genre d'horreur qui je ressentais. C'était comme si tout mon oesophage était en feu. Je voulais le rattraper et essayer encore de le convaincre, mais ma femme ferma la porte à clé.

--  Cela fait des mois que tu essaie de le convaincre. Tu sais bien qu'il ne t'écoutera pas. C'est un fou et si tu le provoque trop il va te tuer. Ce que tu dois faire à présent c'est de nous protéger moi et tes enfants. Inutile de dire que nous ne fermâmes pas les yeux de la nuit.