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6. L'ISLAM
Written by Patrick Pahlavi   
L'ISLAM


 

 Fin 1969, je retournais en Iran portant la barbe et les cheveux jusqu'aux épaules. J'étais à la soirée du premier janvier 1970, que donnait le Shah au palais de Niavaran. Je discutais avec le professeur Adle, lorsque soudain le Shah fendit la foule des convives et se dirigea droit vers moi.  S'arrêtant alors juste sous mon nez,  il me prit à partie.

 --  Avec le nom que vous portez, il y a certaines choses que vous ne pouvez pas faire.

 Le lendemain vers midi, des forces de la gendarmerie vinrent m'arrêter chez moi et me trainèrent devant leur chef, le général Hoveyssi. Les deux poings plantés sur son bureau il me lança:

 --  Par ordre de sa magesté, nous allons faire de vous un homme.

 En entendant ces mots je devenais fou de rage et commençais à  le rouer de coups, lui arrachant ses décorations. Il appella alors la garde afin qu'elle le dégage. Je reçu de violents coups de crosse et fûs emmené manu militari, à la garnison Mowlavi.

 Là, ils me rasèrent les cheveux et la barbe, me laissant, va savoir pourquoi, la moustache. Après ce brin de toilette je fûs enfermé dans une cellule de la prison militaire intégrée à la garnison. Un mois de taule ferme avec réveil à quatre heures du matin et brainwash collectif pour tous les prisonniers. Pendant des heures tous les matins, nous étions quelque quatre cents prisonniers à écouter les litanies d'un colonnel de pacotille nous vantant les mérites du souverain.

Je n'avais apprécié ni l'injustice qu'il y avait dans ce geste du Shah, ni l'humiliation qu'il m'avait fait subire sans raison, ni le temps qu'il m'avait fait perdre. J'estimais qu'il était sortit du cadre de la simple réprimande et, surtout, réalisais qu'il pouvait être dangereux. Face à cette menace, mon peace & love californien n'était plus adapté et j'éprouvais le besoin de m'aguerrir. Mon réflex, tout symbolique, fût de m'engager dans les commandos des forces aéroportées ( havabord ). En fait, ce qui montait en moi inconsciemment, étaient encore ces mémoires incapacitantes, glanées à la naissance, face au danger, et c'est à elles, plus qu'à autre chose, que je réagissais.

Pendant six mois je suivais un entrainement intensif: saut en parachute, combat à mains nues ou avec un couteau, utilisation de nombreuses armes allant du pistolet au bazooka en passant par le fusil automatique, le mortier, les grenades et différents types d'explosifs. Communications et prise d'un village. Gestion des ressources alimentaires, etc..

 Je me souviens avoir sauté en parachute à partir, notamment de gros porteurs tels que les C130 Hercules, ainsi qu'à partir d'hélicoptères, généralement des Bell 214. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de sauter avec des militaires américains. Une fois ceux-ci m'ont même filmé alors que je faisais un saut en double coupoles. Mon supérieur et ami, le général Khosrowdad semblait d'ailleurs assez satisfait de moi  puisqu'il voulait me confier le commandement de la flottille d'hélicoptères Cobra que l'Iran possédait et qui devait, à terme, représenter une flotte de quelque 700 appareils. Le général Khosrowdad avait des plans pour moi: stage à Pau en France pour devenir instructeur parachutiste, strage en Grande Bretagne avec las SAS pour un diplôme d'homme-grenouille et enfin , strage aux Etats Unis pour devenir pilote d'hélicoptères Cobra. Mais je n'étais pas fait pour l'armée et décidais de partir dès que j'aurais mon diplôme de parachutiste.

Ignorant mes plans secrets, le Shah était heureux de me voir prendre, enfin, ce qu'il pensait être le bon chemin. Pourtant, au terme d'un entrainement intensif de plusieurs mois je quittais l'armée. En fait je me retirais même de la société toute entière pour m'enfoncer dans mes livres. Le Tao te Ching bien sûr, mais aussi la Baghavad Gîta, la Bible et les enseignements du Bouddha, où je découvrais une intarissable source de conseils pour trouver cette Paix intérieure qui me faisait si cruellement défaut . 

Entre temps, le souverain avait également fait mettre Khosrow en prison pour les mêmes motifs. Il portait les cheveux longs et, bien qu'ayant épousé, comme on l'a vu, la fille ainée du Shah, il n'écoutait pas les ordres de ce dernier. Le souverain était un faible qui avait besoin d'être flatté et rassuré dans sa puissance.

Il préférait qu'on lui mente et qu'on le trompe, plutôt que de lui faire l'affront de lui faire rencontrer sa réalité d'homme derrière son masque de souverain. L'ennuie c'est que mes mémoires pathologiques m'engageaient dans la lutte dès qu'elles rencontraient un obstacle. Nous n'étions certes pas fait pour nous entendre. Ceci dit le souverain manifestait de réels problèmes d'ego qui étaient connus de tous.

Un jour le Shah posa la question suivante à Saed, un important homme politique iranien qui, à la retraite et après une longue et brillante carrière, n'avait plus grand chose à craindre:

 --  Vous avez été ministre sous le règne de mon père ainsi que sous le mien, quelle différence marquante voyez-vous entre mon père et moi?

 Après un court instant Saed lui fit la réponse suivante:

--  Majesté, il était impossible de mentir à votre père et il est impossible de vous dire la vérité.

Le général Jam qui adorait le Shah eût un jour le tort de lui dire qu'il l'aimait comme un frère. Offensé d'être rabaissé au niveau de "frère", il envoya le dit général en ce qui ressemble fort à une sorte d'exile, en poste diplomatique en Espagne, et ce, pour de longues années. Ces deux incidents illustrent mieux que de longs discours la problématique du Shah. Problématique qui lui a d'ailleurs peut-être value son trône.  

Nous étions tout un groupe à rendre des visites à Khosrow à la prison Ghasr, où il avait été incarcéré. Or, Khosrow était ami avec un autre prisonnier: Bahman Hodjat. Celui-ci portait des moustaches à la Zapata et était emprisonné pour avoir désobéi à l'armée. Il était mentalement beaucoup plus aguerrit que ceux de notre groupe et nous partagions à son égard, un sentiment où se mêlaient agacement et admiration. Un jour où, avec Khosrow, nous parlions de spiritualité Bahman nous dit:

 --  C'est curieux, vous vous intéressez à toutes les religions du monde sauf à celle du pays où vous vivez: l'Islam. Pourquoi?  

 Frappé par ces paroles qui me semblaient d'une logique implacable, quelque mois plus tard j'entreprenais la lecture du Coran. Bien que n'ayant accès qu'à une traduction, celle de Denise Masson, ce livre me parla droit  au coeur. J'y retrouvais le principe d'Unité de l'Etre qui m'était cher, mais aussi, comme on le verra plus loin dans ce livre, cette Paix qui vit en nos coeurs et que j'avais expérimenté. Au cours de l'été 1970, je me faisais circoncire et sitôt cicatrisé, je plongeais dans ma piscine en prononçant la Shahada:

 

                                              " Je témoigne qu'il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu

                                                et je témoigne que Mohammad est son prophète".

 

Dès ce jour là, je commencais à accomplir tous les devoirs du musulman: prière, jeune, impôt légal, abstention de viande de porc et d'alcool;  je m'enfoncais profond dans cette nouvelle religion. Plus tard je ferai le pélérinage à la Mecque.

Peu à peu,  je découvrais la communauté musulmane qui, jusque là, ne m'avait pas vraiment interessé. Innocent et inconscient de leur déviation chronique, j'observais tout ce qu'ils faisais et m'abreuvais à leur savoir. Au début je fermais totalement les yeux sur les incompatibilités qui existaient entre leurs interprétation de l'islam et ce que je lisais dans le Coran. Ce n'est que progressivement que j'oserai questionner leurs agissements. Il me faudra plus de trente années et des évènements sanglants, pour jeter leur ligne à bas et déployer la mienne propre.

 Durant des années, j'étudirai l'Islam avec l'ayatollah Malayéri pour l'aspect

exotérique de la religion et avec Javad Nurbakhsh, le Pîr Sufi Shahnématollahi, pour son aspect ésotérique. j'apprendrai également à lire le Coran en arabe et décrypterai chaque mot avec l'aide du dictionaire de Kasimirsky. Il reste que ma connaissance des autres religions et mes expériences personnelles de l'Unité de l'Etre, m'ont beaucoup aidé dans ma compréhension le ce livre saint.