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2. RAPPORT PRIMAL SUR MA NAISSANCE
Written by Patrick Pahlavi   
RAPPORT PRIMAL SUR MA NAISSANCE.


( notes du 29 septembre 1991)

J'étais un bébé robuste et j'arrivais puissament. Au dehors, le docteur s'inquiétait:

  --   Il pousse trop fort et va vous déchirer, retenez-le.

  A l'époque, les ciseaux pour couper le vagin n'existaient pas encore et le bébé pouvais déchirer sa mère méchament à la naissance. Ma mère me retenu  donc pendant une quinzaine de minutes.

  --  Attendez qu'il cesse de pousser pour le relâcher.

 Dans l'utérus, la porte de sortie se refermait soudainement sur moi. Je continuais néanmoins à pousser de toutes mes forces; mais plus je poussais et plus ma mère contractait ses puissants muscles. A un moment où, plus que jamais, j'avais besoin d'aide et de sécurité, l'utérus maternel était abruptement devenu hostile et dangereux. Le protocole naturel de la naissance était abandonné et je nageais en plein désarroi.

  Le problème était aggravé par le fait que, mon cordon ombilical étant coinsé entre mon corps et la paroi de ma mère, l'oxygène m'arrivais difficilement. Finalement, à moitié mort, je m'arrêtais de pousser et ma mère me relâcha. L'ensemble du traumatisme n'avait duré qu'une quinzaine de minutes qui passèrent inaperçu au docteur et à ma mère. Ces minutes cauchemardesques m'ont pourtant lesté d'une souffrance de mort si grande, que cinq années de thérapie Primal avec Arthur Janov n'en s'ont pas venues à bout.

 Notre humanité est ainsi trop souvent enfouie dans les profondeurs de notre psyché, lestée et piègée par ces souffrances trop grandes pour être ressenties. C'est pourquoi elle est si rare en surface, dans le monde qui nous entoure. Les mots, les systèmes que nous inventons, même religieux, ne nous rendrons pas notre humanité enfouie, polluée par l'horreur que connait trop souvent le petit enfant. Nous organisons alors notre façade de notre mieux et avec les bonheurs que l'on connait, mais sans vraiment convaincre. "Hypocrites, vous blanchissez l'extérieur de la coupe mais l'intérieur reste plein d'horreur".( Jésus de Nazareth )

Je venais au monde comme un naufragé échoue sur le rivage, inconscient de la tempête qu'il a traversée. Soudain l'utérus de ma mère, le monde entier pour moi,  m'avait barré le passage vers la vie en m'asphyxiant jusqu'à la mort. Ayant lutté

pour m'en sortir seul, j'avais fait l'expérience de mes limites:  Mes forces n'y suffiraient pas.  Enfin, l'oxygène venant à manquer, j'avais vécu l'agonie de la mort, presque jusqu'au bout. C'est ainsi qu'a été gravé en mon coeur, en lettres de feu, le code originel de ma Loi névrotique :

  1- LE MONDE ENTIER ( l'utérus maternel ) T'ES PRISON HOSTILE.

  2-TES FORCES NE SUFFISENT  PAS A T'EN SORTIR.

  3-TU Y ETOUFFE JUSQU'A MOURIR.

  4-LE SOUVENIR  DE TOUT CELA EN TOI VIVRA.

 Ce code originel et personnel, trop horrible pour être ressentit consciemment, n'a pas reçu de résolution. Mon organisme, avec acharnement et s'il le faut pendant toute ma vie, cherchera à le résoudre, symboliquement. Pour ce faire, il utilisera toutes les nouvelles situations pouvant  se prêter à ma lutte désormais pathologique.

 Malheureusement, aucune situation symbolique présente, ne peut résoudre une réalité traumatique passée. L'échec est donc certain et annoncé. Le processus ainsi mis en place grossira d'échec en échec, incorporant toute nouvelle blessure ayant la même résonance. Ainsi, au cours de ma vie, chaque fois que je me trouverai dans une situation où j'éprouverai le besoin vital de m'en sortir, la mémoire de ma naissance, où j'éprouvais le même besoin, sera activé. Mon problème c'est que dans cette mémoire, je suis aussi maintenu immobilisé par ma mère. Cette mémoire paralysante donc, m'envahira chaque fois que se présentera une situation où je suis bloqué et dois lutter pour ma liberté et ma survie. Dans cette mémoire traumatique, liberté et survie sont en effet totalement liées, et cela restera le cas pour moi durant toute ma vie.

Solitude, abandon, faiblesse absolue, terreur, mort imminente, tous ces sentiments qui rôdent encore dans la profondeur de mon âme, c'est juste avant de naitre qu'ils m'ont investit. Comment vivre une vie saine avec un tel bagage? D'autant que dès ma venue au monde, d'autres traumatismes de même nature, enfermement  et danger de mort, allaient renforcer le code originel de ma Loi névrotique.

 Ce qu'il faut bien comprendre c'est que tant que nous ne pourrons pas nous reconnecter à ces taumastismes mémorisés  et les désactiver en revivant leur séquences, ce foyer de souffrances non résolues, grandira en nous, un peu comme une boule de neige que l'on roule et qui enfle. Inconsciemment, nous recrérons ainsi, tout au long de notre vie, des situations se prêtant à notre lutte symbolique, espérant chaque fois l'emporter, mais en vain.  Nous ne sommes pas vraiment là où nous sommes, mais encore prisonniers d'un passé non résolu  qui nous empêche d'aller plus loin. 

Cette virtualisation de l'être humain est contagieuse, tout simplement parce que, pour un enfant, vivre au milieu de parents et d'adultes, virtualisés, représente une souffrance et une solitude trop grandes pour pouvoir être rencontrées. Il se virtualise à son tour pour ne plus souffrir.

J'ai été contaminé par cette fragmentation intérieure qui nous rends virtuels. Cette fragmentation qui est la source de toute corruption et de toute pollution.  Celle-là qui nous a poussé à construire des bombes nucléaires et à les utiliser. Celle qui nous pousse à violer la Nature et à la détruire à l'échelle planétaire. Celle qui voudrait faire croire que tuer des innocents peut satisfaire un Dieu Miséricordieux. 

 Etant la seule personne dont je connaisse à la fois l'histoire extérieure et l'histoire intérieure, même si je ne connais pas bien cette dernière, je vais donc utiliser ce double matériel pour observer le mécanisme du chaos que nous engendrons dans le monde souvent bien malgré nous. Racontant de façon chronologique les étapes importantes de ma vie, je me permettrai donc, chaque fois que nécessaire, de passer de l'autre côté du mirroir.

 

 

                                                                         *  *  *