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La fille d Imran Chapitre 1-9
Written by Patrick Pahlavi   

                          La fille d’Imran.

 

     " Les anges dirent: O Marie! Dieu t'a choisie en Vérité. Il t'a   

       purifiée. Il t'a choisie de préférence à toutes les femmes de

        l'univers".                                                      ( Coran, S3A42 ).


 

 Chapitre 1.

 

A des millions d'années lumière, dans le silence de la nuit éclatée, démesurée, les étoilent scintillent et répandent leur moisson de secrets jusque sur la planète Terre.

 

Au détour d'un chemin de colline, un vieil olivier, frémissant de toutes ses feuilles, s'émeut à leur appel.

 

Ultime sentinelle du grand jeu, parabole aux senteurs sacrées, le vieil arbre s'escrime en vain à retransmettre le précieux message jusqu'au village de Nazareth.

 

Ce dernier, tel un vaisseau spacial endormi, dérive tous feux éteints, au fil de l'éternité. Dans la torpeur générale, une seule maison reste en éveil. Sa fenêtre vacille, fragile, dans la bise du soir. Sa lumière danse comme un flambeau qui chavire mais reprend néanmoins.

 

Laissons-nous glisser du haut des collines et, portés par le chant des bestioles, pénétrons au coeur pulsant de l'humble demeure.

 

C'est un univers de paix, aux murs de grès, sur lesquels sont peints au bleu d'Illiyoun, les Dix Commandements de la Loi.

 

Posée sur un vieux coffre, la source miraculeuse qui répond de si loin aux étoiles, n'est autre qu'une modeste lampe à huile, qui brûle.

 

Venus du fin fond de la nuit, des papillons pélerins, ivres d'amour, lui offrent leur danse et se grillent les ailes.

 

A même le sol, une natte épaisse sur laquelle est jeté un drap de lin,  accueille une jeune femme en couche, au dernier stade de la délivrance.

 

Anne sombre dans le puissant vortex de l'enfantement. Prête à intervenir, Esther qui n'en est plus à son coup d'essai, veille la jeune femme. Elle se mêle le moins possible au déroulement de l'éclosion car elle sait d'expérience, combien l'intimité est nécessaire pour que l'instinct maternel guide la naissance. Ce qui se passé entre la mère et l'enfant à naitre, longuement rôdé durant les mois de gestation, relève d'un code secret. C'est la Vie qui doit être aux commandes et la pensée lui reste trop souvent étrangère.

 

Dans la pièce voisine, Imran, le mari d'Anne, attend dans la pénombre, recrocquevillé et la mine défaite. Il se sent si impuissant face à l'événement en cours et pourtant tellement tenaillé. Il prie Dieu de toutes ses forces.

 

Inconsciemment il sait, qu'à s'approcher trop près de la Vie on finit par frôler la mort. Que, sur le chemin de crête où l'on devient l'instant qui palpite, tout peut soudain basculer.

 

Bien qu'empreint de souffrance, le visage de la jeune femme rayonne d'une paix profonde.  Elle murmure en son coeur:

 

--  Seigneur, je te consacre cet enfant. Accepte-le de ma part et guide le sur tes chemins.

 

Puis fermant les yeux, comme pour mieux se concentrer sur l'intérieur, elle s'offre totalement à la naissance. La spirale crucifiante enfle et entraine Anne vers un sommet d'immolation au faîte duquel émerge la voix rassurante d'Esther:

 

-- C'est une fille!

 

Elle dépose délicatement l'enfant sur le ventre de sa mère. Celle-ci s'inquiète:

 

-- As-tu coupé le cordon?

 

-- Non, laissons faire, laissons-la respirer quand elle le voudra, rien ne presse.

 

C'est un étrange embrasement de vie qui illumine les visages de l'enfant et de sa mère. Esther contemple, en ce premier tandem humain, le mystère de toute la Création. Au comble du bonheur, Anne remercie Dieu.

 

-- Mon Seigneur, je l'appelle Marie et la place  sous ta protection elle et sa descendance. Tu es vraiment celui qui entend et qui sait.

 

Imran est venu à son chevet. Il prend la main frêle de son épouse dans sa grosse patte de travailleur. De l'autre, il touche celle de Marie, si petite et au tracé si parfait.

 

C'est en plongeant tout au fond des grands yeux de l'enfant que nous retrouvons l'immensité cosmique et son silence fécondant. Peu à peu le ciel s'éclaire, les étoiles s'estompent et le soleil aveuglant, se lève, sur la grande place de Nazareth. Mais sept ans ont passé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 2.

 

Imran, légèrement vieillit, serre sa femme et sa fille dans ses bras. Tout autour, les marchands s'affairent et déballent leurs stocks.

 

Les vieilles s'agglutinent aux étalages. Les porteurs vont et viennent, le tout dans la profonde effervescence de cette veille de Sabat.

 

Anne accroche le talith de son époux, comme pour mieux capter son attention. Juste avant son départ, elle découvre tant de choses à lui dire. Marie déteste voir son père partir et lui secoue la main dans un geste de refus.

 

--  Papa, tu peux pas rester?

 

Imran lui sourit avec tendresse.

 

--  Moi non plus je n'aime pas partir. Mais je reviendrai vite et nous serons encore plus heureux de nous retrouver.

 

Sortant une grosse pomme de son sac il lui offre.

 

-- Tu prendra soin de ta mère? C'est promis?

 

Marie sourit les yeux plein de larmes et acquiesce d'un signe de tête, incapable de parler.

 

Après les avoir longuement étreintes, à regret, Imran s'arrache. Elles restent à le regarder s'éloigner, jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière la colline, noyées par la même absence.

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 3.

 

Le voilà qui chemine, ses trois ânes chargés de marchandises, sur la route de Jérusalem. L'automne est bien avancé et les arbres d'un rouge enchanteur, se détachent dans la pureté de l'azur. Joyeux, presque gamin, il siflotte en marchant. Tout semble lui sourire. Sa vie familiale est un régal, son négoce est fleurissant  et pourtant, le destin a choisit de le frapper, en cette journée de novembre.

 

C'est sous la forme  d'une patrouille de romains imbéciles, bien imbibés de ce petit vin de Palestine qui vous met en orbite non stationaire, que le danger arrive. Ils interpellent Imran et commencent par confisquer ses marchandises et ses ânes.

 

-- Ne serais-tu pas un zélote toi par hasard?

 

-- non je ne suis qu'un marchand, je ne m'occupe de personne.

 

-- Qu'est-ce que vous en pensez vous-autres? Il n'a pas une tête de zélote?

 

-- Je sais pas, de toute façon ce sont tous des chiens.

 

Ils cherchent à le faire avouer qu'il complote contre Rome, mais il ne peut rien avouer, il n'a jamais comploté contre personne. Les légionaires s'exaspèrent et soudain commencent à le rouer de coups. Puis, estimant que le tout a assez duré, le plus gradé lui ascène une estocade mortelle.

 

Retirant le glaive ensanglanté de ses entrailles, il le pousse du pied. Sa dépouille roule sur le bas côté du chemin, dans un lit de feuilles rougies par l'automne. Le crime aurait pu être parfait et tout le monde aurait pu croire qu'Imran s'était fait attaqué, dépouillé et assassiné par des brigands. Mais le sort ne voulait pas que les choses se passent ainsi. Le meurtrier à perdu dans l'empoignade, l'un des emblèmes de son armure. Fortuitement, un nazaréen qui rentrait de Jerusalem, découvre le corps et l'insigne à ses côtés.

 

 

 

 

 Chapitre 4.

 

Le mari d'Anne est rammené mort parmi les siens. Dans Nazareth c'est le déchirement,  l'indignation, puis la colère. Ce grand exutoire de la souffrance, monte contre Rome. Mort à Rome, mort à Rome; le peuple gronde. Les sages ont toutes les peines à calmer les esprits. Sur la place du village les obsèques sont graves.

 

-- Marie, Marie!

 

C'est le vieux prêtre, Zacharie qui, cherchant dans la foule, appelle la petite. Il la découvre à la porte du village jouant avec une poule.

 

-- Ah, te voilà. Viens mon enfant, ta mère te cherche partout.

 

Lorsque le vieil homme la prend par la main, Marie ressent son émotion. Elle regarde son visage. Il est tendu et triste. Intuitivement elle comprend qu'elle est concernée.

 

La fillette assiste en larmes aux funérailles de son père. Blotie contre sa mère, elle suffoque de chagrin. Les grands prêtres de Nazareth enroulent leurs chants en une spirale sacramentelle qui monte, récupérant la mort dans le fillet de la foi. L'expression du deuil dépasse ici la spontanéité du chagrin. Elle cautionne en fait la haine que le peuple ressent pour Rome, implanté chez eux de force, leur dictant leur destin. Marie sent sa peine exploitée par les adultes. C'est son père qui a été tué, c'est elle qui souffre et elle n'a pas besoin de tout ça.

 

La haine, la colère, la violence, sont des alchimies de la souffrance par lesquelles cette dernière est évitée. Elles transforment le feu qui brûle en nous en un feu que l'on projette sur les autres. C'est un procédé réflexe vieux comme le monde.

 

 

 

 

 

 

 

 Chapitre 5.

 

Le soir, les sages de Nazareth se réunissent pour lancer les roseaux afin de savoir qui d'entre eux, se chargera de la veuve et de l'enfant. Voyant les vieillards tricher pour échapper à la charge, Zacharie décide de prendre lui-même sous son aile, Anne et sa fille.

 

Dans l'espoir de leur faire retrouver le goût du soleil qui anime toute vie, mais aussi pour manifester son nouvel engagement, le patriarche  les emmène à Capharnaüm sur les rives du lac bleu.

 

Marie découvre cette immence étendue d'eau, au mille vaguelettes miroitantes.  Ces mouettes balançant leurs ailes et criant leur vie au dessus des flots. Ces pêcheurs ramenant  dans leurs filets des poissons refusant la mort. Enfin à l'orient, ces falaises boisées qui semblent plonger profond sous le saphir ondoyant.

 

 Elle aime le vent qui court sur son visage, s'engouffre dans ses vêtements et lui fait plisser les yeux jusqu'à sourire. Elle aime ces longues promenades au bord du Lac, où Zacharie leur parle de Dieu. Il évoque la droiture d'Imran, leur disant qu'il était à présent auprès de son Seigneur.

 

Il leur parle enfin du devoir que le divin leur fait d'être heureux.

 

--  Croyez-vous honnorer Dieu par votre désespoir? Celui qui croit en Lui ne perd jamais espoir, disait Abraham, mais il accepte le mystère et se réfugie dans la foi et la patience.

 

Zacharie fait preuve d'une attention et d'une tendresse qu'elle ne lui connaissait pas. Mais elle jure en son coeur: "Papa, jamais je ne t'oublierai ".

 

Après quelque jours passés à essayer de revivre, à oeuvrer pour retrouver les réflexes trop délicats du bonheur enfouie par la souffrance, ils prennent le chemin du retour, sans savoir qu'à Nazareth, un nouveau drame les attend.

 

 

 

 

 

 

Chapitre 6.

 

Des romains en patrouille qui faisaient leur ronde, sont appréhendés par la foule. Après les avoir insultés et maudit Rome, certains leurs lancent des pierres. L'un des romains, touché à la tête, tombe de cheval. Littéralement déchiqueté par des zèlotes en armes, cachés parmi les manifestants, il rend l'âme. Les deux autres n'ont même pas essayé de combattre. Ils se sont enfuits sans demander leur reste.

 

Le procurateur averti des évènements, décide de mener une action musclée, afin de remettre le peuple juif à sa place et montrer ce qu'il en coûte de s'attaquer à Rome. C'est un détachement de troupe de quelque cent vingt hommes qui le lendemain, investit le village et bloque les accès.

 

Le chef de cohorte se tient, orgueilleux au centre de la grande place. Son message est sans appel. Il ordonne aux nazaréens de livrer ceux qui ont tué le soldat. Le peuple reste silencieux. Le chef de cohorte répète son ordre une seconde fois, mais toujours rien. Alors il conclut d'une voix exaspérée:

 

--  Pour le respect de l'ordre établit par Rome et par les pouvoirs qui me sont donnés, je décide ici même que dix juifs périront pour un romain. Choisissez-les parmi les jeunes, ceux qui sont enclins à se rebeller et semer le chaos. Crucifiez-les et incendiez leurs maisons.

 

Zacharie comprend que rien n'arrêtera le romain. Il s'approche et supplie que l'on prenne sa vie, plutôt que celle de jeunes gens dont on ne connait même pas la culpabilité. Le chef de cohorte lui lance un bref regard.

 

-- Mais pour qui se prend ce vieux juif? Ecartez-le.

 

Le vieillard est repoussé sans ménagement et tombe à terre. Les scènes qui suivent sont épouvantables. La violence, les cris, le sang, l'horreur, Marie n'a pas à voir ça. Anne l'entraine au plus loin. Lorsqu'elles reviennent sur la grande place du village, le silence règne. Les romains, ayant accompli leur sinistre besogne, se sont retirés. Au regard des cadavres qui gîsent sous des linceuls et des maisons incendiées, Marie mesure à quel point le monde des adultes peut être terrifiant.

 

 

 

 

 

Chapitre 7.

 

Zacharie est effondré. Ses principes de bonheur ne lui servent à rien. Son bras n'a pu retenir la fureur et il se sent misérable. Les siens ont beau essayer de lui faire comprendre qu'il n'y est pour rien car ce qui vient de se passer il ne pouvait le prévenir. Il a tout fait, Il a même offert sa vie, mais en vain.

 

Le vieil homme reste submergé par son sentiment qui le torture. Il se sent terriblement coupable et s'isole refusant de s'alimenter. Exténué par tous les évènements, affaiblit par le jeune et à bout de force, il sombre dans un sommeil qui le transporte très loin. Il a un rêve étrange.

 

Il est assis au bord d'une rivière au flot calme et régulier. Dans l'eau il voit son image. Déformée par l'amertume, elle lui adresse de cruels reproches.

 

-- Tu as laissé ceux de ton peuple être massacrés. Tu as failli à les protéger.

 

Les remords l'envahissent comme un poison noir qui, peu à peu, prend possession de son coeur et de son corps. Au point où la lumière du jour décline en lui et va même lui être otée.

 

Soudain, une voix indéfinissable l'appelle. Venant de nulle part, elle semble pourtant étonnament proche. Tournant la tête de tous côtés, il ne voit personne. La voix reprend:

 

--  Lève-toi Zacharie, remonte la rivière jusqu'à moi.

 

Zacharie se met en marche et, après avoir traversé les expériences les plus dures de sa vie, il arrive à une colline. Celle-ci est arrosée et verdoyante. Au sommet, un homme agenouillé, visiblement en méditation, rayonne comme un soleil. En contrebas, une jeune femme au visage plus beau que la Lune, lui sourit avec une immence compassion. Elle vient à sa rencontre et l'accueille. Le sage

l'interroge.

 

--  Est-ce toi qui m'a appelé?

 

--  Non.

 

--  Est-ce l'homme là-haut?

 

--  Ce n'est pas lui non plus, bien qu'il soit lui-même un appel. Ceci dit, je vais te donner une explication de tout ce que tu ne comprends pas. La rivière que tu dois remonter c'est toi-même. A sa source tu trouvera celui qui t'a appelé ainsi que la Paix que tu recherche depuis si longtemps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 8.

 

Au matin, le rêve a transformé le vieil homme. Si la tristesse et le chagrin sont toujours là, en revanche il ne sent plus le poids des remords. Celui-ci semble gommé, effacé, de sa conscience. Animé d'une énergie nouvelle, il comprend que sa tâche n'était pas de se mortifier vainement mais de concentrer ses forces au contraire. Son rôle étant de faire ce qu'il pouvait faire, non pas de s'auto-détruire pour ce qui, de toute façon, restait au delà de son pouvoir.

 

Toute la communauté de Nazareth est prostrée, anéantie de souffrance et les jours à venir vont brûler dans les coeurs. S'il n'a pu arrêter la barbarie des romains, il peut au moins aider son peuple martyr.

 

Il réunit la petite communauté au temple et lui parle.

 

--  Mes frères et soeurs, mes amis. Notre Terre, celle que Dieu nous a donnée, est occupée par un peuple trop puissant, face à nos faibles forces, pour que nous puissions lutter. Vous avez réagit parce qu'ils ont tué l'un d'entre nous et ils en ont tué dix. Si vous réagissez encore, ils en tueront cent. Ce n'est pas un village isolé qui résistera à l'Empire. Mieux vaudrait nous organiser autrement.

 

Le peuple écoute silencieusement. Il sait que le vieux patriarche leur montre le chemin de la sagesse. Quelque zélotes cependant l'accusent de faire le jeu de l'ennemi.

 

--  Ce n'est pas la voix de la vengence, comme on vient de le voir, qui nous libérera mais celle de la patience et de la réflexion. Se recueillir sur sa souffrance, ne pas la fuir, tels sont les premiers pas. Le deuil est au coeur de chacun. La présence à l'Etre, est ce qui consume en nous la souffrance. Elle est aussi ce qui permet le renouveau. Les larmes qu'on laisse couler, donneront une nouvelle floraison.

 

Le message de Zacharie a jaillit du font de son coeur. Il n'avait rien à voir avec les sermons auxquels le peuple était habitué. Même les plus exités se sont tu. ce n'est pas que le message ait plu. Il est dur. Mais il est vrai. Et comme tout ce qui est vrai il s'impose sans avoir à combattre.

 

 

 

 

 

Chapitre 9.

 

Marie partage son temps entre le travail à la maison où elle aide sa mère, la cueillette des fruits sauvages, les leçons religieuses et les jeux avec ses camarades. Mais elle se réserve aussi de longs moments de solitude. Trop longs pour Anne qui, soucieuse pour sa fille, interroge  Zacharie.

 

--  Grand Prètre, je trouve Marie bizarre.

 

--  Ne t'inquiète pas. Cette enfant qui vient d'être si cruellement éprouvée par le destin, n'est pas une enfant tout à fait comme les autres. Et n'oublie pas que tu l'a consacrée à Dieu dès sa naissance. Fais confiance à présent.

 

Comme le vieil olivier, Marie entend le secret des étoiles. Leurs éclats dansants, font jaillir en elle, d'étranges lueurs que module la voix de l'Ancien. Sans pouvoir se l'expliquer, la certitude d'être faite pour triompher l'imprégne. Au cours des leçons religieuses elle inquiète pourtant son professeur.

 

--  Tu n'écoute pas ce que je te dis.

 

--  Si rabbi Daniel, je t'écoute, mais où est l'essenciel dans tout ça? Parle moi de l'essenciel. De l'état intérieur que je dois atteindre pour accomplir ce que je dois.

 

Rabbi Daniel est franchement  inquiet pour la petite, il s'en ouvre à sa mère.

 

--  Moi aussi, rabbi Daniel, je la trouvais bizarre, mais le Grand Prêtre m'a dit de faire confiance à Dieu et de ne pas m'inquièter.

 

--  Faire confiance, faire confiance, d'accord. Mais elle a des idées drôlement subversives et dangereuses. Surtout pour une fille et de son âge!

 

Marie enchante ses cammarades qui rivalisent à qui l'accaparera. Parmi tous et toutes néanmoins, Il y a une enfant qui l'aime d'un respect tout particulier. C'est la fidèle Déborah. Celle-ci en effet lui est dévouée entre tous et toutes et la comprend mieux que personne.

 

Ensemble, elles passent de longs moments à parler en suivant les méandres d'une rivière, en admirant le vol des oiseaux, en mangeant les fruits des buissons aux senteurs extatiques. La campagne qui entoure Nazareth et s'étage jusqu'au Grand Lac, est renommée jusqu'a Damas. Sa végétation luxuriante, comprend des chênes, des geneviers, des platanes orientaux, des pistachiers, des genêts et des oliviers sauvages. Dans le soleil qui bourdonne en silence, Marie et Déborah s'aventurent sous ses épais ombrages. Elles s'y réfugient comme dans le palais d'un très grand roi où tout serait découverte et enchantement.

 

L'enfance éclairée par l'ami, rencontre le merveilleux au coeur de chaque circonstance. les instants ont alors une saveur interne particulière. Celle-ci tisse une toile très précieuse dont les adultes ne retrouvent plus le secret.  Un simple geste, un regard, un mot dont rien n'indique la profondeur, et la complicité des coeurs illumine le mystère, comme les rayons du jour font briller la rosée. Un mirroir face au monde reflète le monde. Un mirroir face à un autre mirroir reflète l'Infini. Or, qu'est-ce que l'Infini sinon la Joie?

 

La maison d'Anne et Marie est un havre pour tous. Les enfants du village la visitent tous les jours. Ils y trouvent la liberté et la sécurité nécessaires à leurs jeux. Quand aux bêtes, chiens, chats, poules, lézards, grillons grenouilles, elles y vivent dans une harmonie naturelle.

 

Pourtant, si Marie aime jouer avec ses amis, elle ne contrôle pas toujours la voix de l'Ancien en elle et ressent de plus en plus le besoin de s'isoler. Déborah la protège alors en occupant leurs camarades jusqu'à son retour.