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Tous des anges aveugles.
Written by Patrick Pahlavi   

        

 

 

          Ce ne sont pas leurs yeux qui sont aveugles mais leurs

           coeurs qui, dans leurs poitrines, ont été aveuglés.

                                                             ( Coran, S22A46 )

 


          La seule et la plus grande des révolusions possibles, dans

          la sombre histoire des hommes, n’est pas celle de leurs

          aveugles gouvernements, mais dans la manière dont ces

          malheureux sont accueillis à la naissance et dont ils ont

          été conçus et portés.                    (  Frédérick Leboyer ).

 

 

 

La misère matérielle dans le monde est induite, inconsciemment, par l'ensemble de notre communauté planétaire, pauvres et riches. Elle jaillit d’une misère neuro-émotionelle plus profonde qui procède de traumatismes précoces ainsi que de la non-satisfaction des besoins primordiaux du foetus et de l'enfant. L'organisme reste alors bloqué sur ces traumatismes trop forts pour être vécus au niveau conscient. Cette misère émotionnelle n'est pas le fait du petit nombre. Elle est, ni plus ni moins, en train de détruire la vie à l'échelle planétaire. Bien que plus visible dans les domaines de l'environnement et de l'économie, nous pouvons néanmoins en déceler les méfaits dans la plupart des secteurs de notre existence et ce, à quelque niveau que ce soit. En confluant vers la mondialisation, les différents groupes d'êtres humains qui se déchirent la planète et ses ressources, se rejettent la responsabilité des effets de cette misère sans jamais prendre le soin de remonter à leur source qui, commune à tous, demeure cependant inconsciente.

 

 Cette quête d'un bouc émissaire nous plonge dans un processus conflictuel de plus en plus complexe et brutal et ce, à un moment de notre histoire où notre union relève de l'urgence absolue. Elle nous distrait en outre du seul élément de l'ensemble dont la remise en ordre permettrait à notre communauté planétaire de trouver l'harmonie qui lui fait si cruellement défaut. Cet élément, c'est le ressentir de l'individu, sa vie intérieure, son coeur comme on dit.

 

Lorsque ce coeur est brisé, fragmenté par la souffrance, nous n'appréhendons plus le monde qu'à travers le filtre de cette fragmentation, sorte de cognition kaléïdoscopique déconnectée de la Réalité. Engorgés de souffrances non résolues, nous nous tournons alors vers le monde extérieur pour y trouver des solutions, mais en vain. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que nous n'avons pas une empreinte de souffrance, nous sommes cette empreinte. Ainsi, lorsque celle-ci devient trop douloureuse pour être rencontrée et qu'elle est escamotée, c'est nous-mêmes que nous perdons, notre conscience d'être, notre réalité et par là, la Réalité toute entière. Retrouver notre réalité escamotée devient notre quête inconsciente mais nous lui prêtons hélas d'autres visages et cherchons partout sauf là où il faut chercher.

 

Nous nous identifions alors à nos pensées désormais déconnectées du Réel et flottantes, et sommes menés par elles vers des buts qui ne nous satisferont jamais. Même si nous aimerions y croire. Nous nous retranchons alors derrière nos créations mentales, qu'elles soient religieuses, philosophiques, scientifiques, politiques ou autres, oubliant que la Réalité est bien plus que des mots et qu' elle est surtout indivisible et d'une nature que nous ne pouvons imaginer.

 

 Aujourd'hui, cette rupture entre nous et notre Réalité profonde, répand sur la Terre une fragmentation qui est la porte ouverte, à toutes les injustices, à toutes les violences, à toutes les destructions, à toutes les ignominies. C'est d'ailleurs pourquoi la mondialisation que nous jetons artificiellement sur le monde, reste si conflictuelle. Extérieurement, nous prétendons à l'unité alors qu'intérieurement, nous sommes en miettes.

 

Il est quand même intéressant de noter qu'à l'heure de la mondialisation et d'une ouverture que l'on voudrait tous azimuts, on assiste à l'érection d'une quantité incroyable de murs de béton, de barrières et de remparts, entre les différentes populations de la planète. Le Pakistan s'apprête à ériger un mur à sa frontière avec l'Afghanistan. L'Inde construit une barrière à sa frontière avec le Pakistan et une autre à sa frontière avec le Bangladesh, alors que de son côté l'Iran construit un mur à sa frontière avec le Pakistan. Le Botswana quant à lui, a construit une cloture électrifiée de 480 km de long pour le séparer du Zimbabwe. L'Arabie Saoudite dépense des centaines de millions de dollars pour créer des remparts massifs à ses frontières avec l'Irak et le Yémen. La Thaïlande s'apprête à créer un mur pour la séparer de la Malaisie. L'Amérique construit son fameux "fence" à sa frontière avec le Mexique. Quant à Israël, il achêve son mur de béton, si décrié, pour se protéger des palestiniens. Comment expliquer une telle floraison de murs au moment où l'on nous vante les mérites de la mondialisation? Au moment où l'on fête la destruction du mur de la honte qui séparait Berlin?

 

La réponse c'est que les véritables murs ne sont pas entre les populations, mais à l'intérieur de chaque individu. Ces murs intérieurs nous protègent  en effet, de souffrances qui peuvent sembler invraisemblables pour ceux qui ne les ont pas revécues. La peur inconsciente que "les autres" nous fassent  rencontrer ces souffrances, ne serait-ce qu'en dérangeant nos habitudes ( partie intégrante de notre cuirasse psychologique ), fait que nous érigeons d'autres barrières, extérieures celles-là. La mondialisation abat les murs d'un côté? Qu'importe, nous en reconstruisons d'autres ailleurs, c'est inévitable. C'est cette même peur de voir nos souffrances secrètes exposées au grand jour, qui crée le boom que l'on connait dans les relations sur l'Internet. L'écran, en s'intercallant entre nous et l'autre, agit comme un rempart. Seul avec son écran l'on ne s'expose pas. Abattre les murs qui séparent les hommes, c'est donc, d'abord, abattre les murs au coeur de chacun. Mais pour ce faire, il faut d'abord abattre le plus fantastique des murs, celui de l'ignorance. Nos traumatismes intra-utérins constituent en effet le secret le mieux gardé de la planète, son code étant protégé par les plus terrifiants des  gardiens: des souffrances si fortes qu'elles n'ont pu être rencontrées. C'est pour cette raison qu'une campagne d'information et de dédramatisation du problème s'impose.

 

Dieu ou l'univers, comme vous voudrez, aime faire de très grandes choses à partir de très petites, ou même à partir de rien. La matière qui compose les êtres et les choses est faite de particules si petites qu'une seule cellule vivante en contient des milliards. L'organisme humain avec ses centaines de milliards de cellules est né d’un ovule fécondé pas plus grand que la tête d'une épingle. Quant à l'univers lui-même, avec ses milliards de galaxies, il n'était à l'instant du Big Bang, qu'un point infiniment petit, une singularité mathématique. Ceci pour nous aider à accepter qu'il n'est pas forcément saugrenu ni même illogique de rechercher la réponse à nos problèmes sociaux, politiques et écologiques à une source aussi ténue et insignifiante à nos yeux, que cette période intra-utérine où nous n'étions encore que des foetus dont personne ne faisait mention. Les neuf mois qui précèdent la naissance, ainsi que la naissance elle-même, sont pourtant des  périodes capitales pour l'être humain car, ce qui se grave en lui à ces stades de son développement, peut altérer son alchimie intérieure et voiler son identité. Les neurones et les cellules gliales lors de leur migration, de leur agencement et de leurs interconnexions, nécessitent un espace biochimique en paix. La violence infligée à l'enfant durant cette période, souffle comme une tempête qui ravage et transforme cet environnement à l'équilibre fragile. Notre organisme se réorganise alors pour gérer au mieux le traumatisme qui l'a pénétré, le circonscrire et rendre inconsciente la souffrance qu'il représente lorsque celle-ci s'avère être trop forte et trop dangereuse.

 

 Cette souffrance ne disparaît pas, elle est juste déconnectée de notre cortex, mais demeure encapsulée à des niveaux plus profonds de notre cerveau. Cette répression a pour but de soustraire le champ conscient de l'enfant à l'impact crucifiant de la souffrance car celui-ci pourrait le tuer. L'aspect négatif de cette salvation, c'est qu'à mesure que les traumatismes non résolus s'accumulent, le fossé se creuse entre nous et notre réalité profonde. Notre comportement fait alors de notre progéniture des êtres à leur tour déconnectés de leurs sentiments et donc incapables de comprendre et de respecter ceux des autres. Ce vide de sentiment, et donc d'amour, représente une terrible souffrance et il faut beaucoup s'anesthésier pour ne pas la ressentir. Notre organisme hyper équipé en la matière, pourvoit à cette anesthésie, mais nécessite parfois d'être boosté de l'extérieur.

 

Avec les années qui passent, de nouvelles souffrances viennent généralement grossir le foyer formé par ces traumatismes précoces et, à un certain stade, notre système de répression, n'arrivant plus à faire face, réclame de l'aide. Que nous nous réfugions alors dans l'abstraction cognitive d'une croyance, dans la retraite biochimique induite par une drogue, dans une relation de dépendance à une autre personne, à un groupe ou à un système. Que nous recherchions l'oubli dans le luxe, le confort, le vice, dans la griserie du pouvoir quel qu'il soit, y compris le pouvoir parental. Que nous nous enfoncions dans d'interminables études, dans une musique abrutissante ou dans un boulot soporifique qui endort jusqu'à notre vie. Que nous surfions sur le Net sans relâche ou que nous nous masturbions le sexe ou le cerveau, peu importe les artifices, nous fuyons tous une réalité trop douloureuse pour être vécue. Le problème, c'est que cette fuite nous oblige à construire notre monde sur ce volcan intérieur, inconscients du fait que tous nos faits et gestes, toutes nos croyances, sont destinés à le garder endormi.

 

Les différentes civilisations apparues sur notre planète, ont toutes eu --- et ont toujours --- pour rôle, d'encadrer et de guider le comportement d'êtres humains déconnectés de leur lumière intérieure, de la Réalité. Les grands principes de ces civilisations restent malheureusement peu suivis car notre névrose les récupère, et les adapte à ses propres sauces. Privés de notre ressentir désormais dévoré par les flammes, nous devenons des façades irréelles destinées à cacher au monde, mais surtout à nous-mêmes, cette réalité intérieure qui, au plus profond, nous terrorise.

 

Cette censure nous laisse avec au cœur un manque si grand qu'il nous engloutirait si nous lui faisions face; c'est du moins ce que nous craignons. Toutes les cultures et toutes les religions récupérées par la névrose, jaillissent de ce manque et, pour nous en préserver, inventent leurs diversions. Jalonnant alors notre futur de mille devoirs et de mille sacrifices, supposés nous protéger, elles font de nous des esclaves inconscients qui vont, à leur tour, blesser leur progéniture et, par voie de conséquence, le monde qui les entoure. L'horreur est déjà survenu, nous prévenait Martin Heidegger.

Le Dr. Arthur Janov apporte une précision d'ordre technique à ce constat: nous avons vécu cette horreur durant la période qui entoure la naissance et la petite enfance, mais notre organisme, dans sa sagesse, en a réprimé le souvenir. Réprimer une mémoire traumatique c'est un peu comme comprimer un ressort, cela crée une énergie qui ne demande qu'à jaillir. Cela implique aussi que nous devons mobiliser une énergie au moins aussi grande pour la contenir. Lorsque notre réalité est ainsi réprimée et encapsulée il ne reste de nous à l'extérieur, qu'une chimère instable et explosive. C'est cette explosivité qui est utilisée par les idéologies du terrorisme.

 

Nous sommes, si déconnectés de la Réalité que jusqu'il y a peu, la médecine ne reconnaissait même pas à l'enfant en train de naître la faculté de pouvoir souffrir. Il faut attendre Arthur Janov justement et Frédérick Leboyer qui, chacun dans sa spécialité respective, la psychothérapie et l'obstétrique, ont fourni les preuves du contraire: l'enfant peut souffrir à la naissance et même atrocement. A vrai dire, il peut tellement souffrir que son organisme a mis en place un système de protection musclé pour que la souffrance ne le tue pas. Ce disjoncteur naturel, le Système de Gating, opère de façon réflexe et biologique. Il n'a pas le pouvoir de faire disparaître le traumatisme qui nous a investit, mais seulement celui de le rendre inconscient.

 

Cette défense a permis à notre espèce de ne pas être submergée par toutes ces souffrances stockées en nous, alors qu'il lui fallait agir et combattre pour sa survie dans un monde hostile. Ainsi, les dangers et l'extrême rudesse des conditions de vie, aussi bien à la naissance de l'individu qu'à celle, périlleuse, de notre espèce, ont fait choisir à notre organisme, pour des raisons ontogénétiques et phylogénétiques, d'occulter certaines souffrances sensorielles et émotionnelles trop fortes pour que nous gérions en plus, un monde extérieur dangereux.

 

Dissimulation qui se retourne aujourd'hui contre nous car nous n'avons plus besoin de vaincre la Nature, mais devons au contraire nous y réintégrer harmonieusement. Cette réincertion est la condition incontournable à notre survie en tant qu'espèce. Or, la réunification avec la Nature se fait au coeur de l'homme, là où sa propre réalité enfouie l'attend. La condition sine qua non à un tel changement est notre compréhension de la situation de l'enfant.

 

L'abstraction dans laquelle nous autres adultes évoluons, nous rend  pourtant, sensitivement aveugles à l'incroyable vulnérabilité du ressentir durant la période périnatale. La solitude infernale, la terreur, les sentiments d'impuissance et d'abandon, la sensation d'être bloqué et littéralement écrasé, l'anoxie (manque d'oxygène), l'extrême souffrance physique ainsi que les prémices de la mort sont couramment endurés par les enfants à la naissance. Cette agonie, bien trop forte pour être ressentie par le foetus et le petit enfant, est encapsulée et sa résolution  reportée à plus tard. Nous ne sommes plus alors des êtres humains mais des devenirs humains, en quête de résolution. Cette souffrance en attente subsiste en tant qu'empreinte vive, déconnectée de notre conscience, guidant pourtant, à notre insu, nos actions et nos choix. Elle nous oblige à inclure dans l'équation de l'adulte, les besoins non  satisfaits du tout petit enfant et nous force ainsi à  construire un monde totalement inadapté.

 

Cette agonie n'est pas inéluctable. La naissance peut  être autre chose qu'une torture pour les bébés. Comme dans la théorie Constructal d'Adrian Bejan, il nous faudrait penser notre société planétaire en allant du plus élémentaire pour remonter vers le plus général. De l'individu vers l'ensemble social. Or, plus on remonte tôt dans la vie de l'individu, plus celui-ci est vulnérable et nécessite respect et protection.  Et ce, dès la fécondation. Un foetus dans l'utérus d'une femme angoissée, est immergé dans l'angoisse. Une angoisse pour laquelle il ne peut apporter de raison bien sûr, mais qu'il devra revivre en thérapie, jusqu'à un Primal.

 

Le foetus est malléable au point où même les connexions entre ses neurones peuvent être altérées par des traumatismes subis durant la période de gestation.  Même la souffrance ou le stress de sa mère durant cette période, peut avoir de graves répercussions sur la formation de l'enfant. Une mère anxieuse sécrétera du cortisol en réaction à ce stress et cette hormone pénétrera l'organisme du foetus. Celle-ci détruira les hormones de confort psychologique de l'enfant, telles que la sérotonine, le rendant ainsi encore plus vulnérable et dépourvu, face à des traumatismes ultérieurs.

 

Cette violence que nous redistribuons si généreusement autour de nous et que nous observons notamment aux infos sur nos écrans (ce qui ne nous coupe pas l'appétit), c'est durant la période périnatale, que nous l'avons reçue et emmagasinée et, c'est donc là qu'il nous faut agir. Si une nouvelle culture doit émerger de la mondialisation, elle devrait nous aider à protéger l'espèce humaine durant ces périodes où elle est le plus vulnérable, la gestation, la naissance et la petite enfance. Depuis des millénaires, nous mettons en place des systèmes religieux, sociaux et politiques destinés à nous protéger contre notre propre violence, notre propre injustice et notre proper indifférence, et cela n'a jamais vraiment marché. Il serait peut-être temps de nous demander pourquoi. Aujourd'hui par exemple, l'Islam dont le nom même signifie "faire retour à la Paix", appelle au meurtre, au crime et à la violence aveugle. Peut-on connaitre la raison de ce retournement à 180°?

 

L’action violente à l’instar de la décharge sexuelle, réduit momentanément la tension inhérente à l’empreinte traumatique non résolue, c’est-à-dire non connectée à la conscience. Malheureusement, cette accalmie est de courte durée car cette empreinte va puiser dans nos réserves énergétiques pour se révitaliser. Seule sa connexion à la conscience permettrait  à l'empreinte d’arrêter de se gorger ainsi d’énergie et ce faisant, de nous voiler la Réalité.

 

Nous vivons dans des croyances lorsque la Réalité ne nous est plus accessible. Et elle ne l'est plus lorsqu'elle devient trop douloureuse pour y survivre. La question n'est pas de savoir si Dieu ou les extraterrestres existent ou pas, mais plutôt de réaliser que l'usage que nous en faisons peut être pathologique, contre-productif et parfois dangereux.

 

Tout arrive ici, s'exprime ici sous nos yeux, mais nous sommes ailleurs et ne vivons l'instant présent qu'en attente de mieux. Aujourd'hui, les Aliens ne parcourent pas des espaces incommensurables pour venir nous conquérir, ils sont déjà parmi nous. Générées par notre irréalité, ce sont des entités privées d'accès au ressentir qui répandent leur violence sur la Terre. Ces extraterrestres sont des êtres de misère qui détruisent le monde parce qu'ils sont eux-mêmes intérieurement détruits. Le risque que nous courons tous, c'est d'être contaminé et de devenir l'un d'entre eux.

 

Ce risque de contamination est très grand aux alentours de la naissance, alors que nous sommes encore tendres et malléables, alors que l'extrême acuité de notre ressentir réclame une douceur et un respect que notre monde soi-disant civilisé, mais surtout insensible, ne sait plus offrir. Ce message, je l'adresse au premier chef à la sphère médicale car les médecins sont aussi insensibilisés que les autres, mais lorsqu'il s'agit d'obstétrique ou de psychothérapie, l'insensibilité des médecins devient une arme de destruction de masse.

 

Lors d'une conférence en octobre 1972, le célèbre psychiatre Ronald D. Laing, attirait l'attention d'une assemblée de pédiatres et de gynécologues sur le fait que les textes formant la base de l'obstétrique ne faisaient absolument pas référence à la possibilité que l'enfant puisse faire l'expérience de sa naissance. Il ajoutait: « Je pense que si la plupart d'entre nous ne se souviennent pas de leur naissance, c'est que l'expérience en a été si écrasante et douloureuse quelle a été tout simplement déconnectée de notre conscience ».

 

Même encore aujourd’hui, la médecine "bien pensante et ayatollesque" s’obstine à désigner le fait que nous n’avons pas de souvenirs des deux ou trois premières années de notre vie par une définition neutre qui n'explique rien: amnésie infantile. Pourquoi cette amnésie? Les médecins eux-mêmes émotionellement aveuglés n'ont pas vraiment envie d'aller y regarder de trop près.

 

Certes, nous sommes un seul peuple, celui de la Terre et bla bla bla, mais la mondialisation ne pourra effectivement voir le jour qu'à travers la libération de l'individu de toutes ses déconnections et de toutes ses virtualités cognitives qui le poussent à projeter sa fragmentation intérieure tout autour de lui. C'est une certitude : tant que notre fragmentation intérieure subsistera, elle déchirera le monde qui l'entoure. Lorsque l'individu recouvrera son espace intérieur unifié, c'est-à-dire, lorsque son cerveau sera libre de tout cloisonnement pathologique entre ses espaces sensoriel, émotionnel et cognitif, il n'aura tout simplement plus de fragmentation ni de conflits psychologiques à décharger sur le monde qui l'entoure.

 

Une nouvelle phase poindra alors pour la démocratie, celle de la liberté intérieure. Libérés de nos vieilles souffrances, nos démons, qui nous divisent en nos coeurs avant de diviser nos sociétés, nous pourrons construire un monde plus humain, plus harmonieux, plus juste et plus en phase avec la Nature. Un tel programme mériterait que nous mettions sur pied une agence du style NASA, mais cette fois, dédiée à l'exploration de notre espace inconscient.

 

Des pionniers oeuvrent depuis près d'un demi siècle, qui débroussaillent l'accès à notre réconciliation intérieure, mais ils ne sont toujours pas pris au sérieux par les ayatollahs de l'orthodoxie médicale. Certains de ces apôtres ont apporté des méthodes pour revivre et expurger les traumatismes périnataux, d'autres ont rappelé jusqu’à l'épuisement que les enfants étaient sérieusement maltraités et qu'il n'était absolument pas nécessaire d'aller au Rwanda pour rencontrer des enfants malheureux. D'aucuns enfin, ont apporté des méthodes d'accouchement sans violence pour le bébé.

 

Le vrai problème, c'est que l'Humanité est encore et toujours accrochée à ces rêves, destinés à maintenir inconscients nos traumatismes précoces. Ce qui l'intéresse, c'est plus de distractions, plus de consommation, plus de sexe, plus de drogues et d'antidépresseurs, plus d'alcool, plus de fumée, plus de bruit, plus de croyance en n'importe quoi, plus de violence, oui, plus de bêtise aussi et moins de conscience. Cette direction pourtant, celle où la pensée se substitue au sentiment, ne peut résoudre les problèmes qu'elle a elle-même engendrés, et ceci, quels que soient les efforts que nous puissions déployer. Lorsque je vois, par exemple, le battage médiatique qui est fait autour du livre d'Henri Atlan, « L'Utérus Artificiel », et que j'entends des gens sérieux parler à ce sujet de « remarquable avancée de la science », cela me donne froid dans le dos. L'ectogénèse ou développement de l'embryon en dehors de l'organisme humain, plongera notre espèce dans une solitude émotionnelle totale dès l'origine. N'ayant pour tout contact durant les neuf premiers mois de sa vie que celui d'une machine, on imagine quel sera le blindage émotionnel de l'enfant ! Le terme de Zombi pourra remplacer dans nos dictionnaires, celui d'Humain et nous serons prêts pour la Matrix des frères Wachowski. Monsieur Altan estime que les utérus artificiels seront opérationnels d'ici une dizaine d'années, ajoutant que la nature de l'homme, comme celle de toute espèce vivante, est sujette à l'Evolution et qu'il nous faudra bien accepter de naître de machines. Je ne vois bien sûr pas ce que l'Evolution a à voir avec les ambitions de monsieur Atlan, mais ce qui est terriblement grave, c'est l'accueil enthousiaste qui est fait par notre société, à son scénario de film d'horreur. C'est ce genre de scénario que d'autres malades du ressentir s'étant réfugiés dans l'islam, se croient justifiés de combattre; mais étant aussi malades que monsieur Atlan, leurs solutions sont aussi terribles: tuer des innocents par milliers, au nom d'un Dieu de miséricorde. Imaginons trente secondes ce que le clonage, la matrice de monsieur Atlan et les manipulations génétiques utilisés ensemble pourraient donner!

 

Cela fait déjà un bout de temps que je me méfie de ce que l'on nous refile au nom du progrès, mais j'ai l'impression que la dégradation est exponentielle et que dernièrement, cela devient n'importe quoi. Après la révolution californienne qui déferla sur le monde durant et après les sixties, certains apprentis sorciers ont cru bon de faire sauter les tabous qui étranglaient nos sociétés, sans réaliser que ces tabous n'étaient que des gardiens, légués par les générations passées, pour veiller aux portes d'un Underworld peuplé de tous nos démons. Ces tabous loin d'être inutiles, contribuaient à endiguer la remontée de nos anciens traumatismes vers la conscience. On ne se libère pas des traumatismes précoces en abattant les gardes fous mis en place pour les contenir. La souffrance qu'ils représentent étant bien trop grande, d'autres gardes fous  les remplaceront immanquablement. Non, on vide d'abord cette souffrance en la ressentant consciemment et les tabous devenus inutiles disparaissent à leur propre rythme.

 

Le résultat de cette pseudo libération fut une jeunesse avec les nerfs à vif et la souffrance à fleur de peau. N'ayant plus de schéma cohérent pour se sécuriser, elle prit la drogue comme une prière et la violence comme une vocation.  La Punk Society déçue de l'éphémère Peace and Love des sixties, innova en effet, en décrétant que la violence serait une mode et, même plus, un art. Cette voie facile, car la violence est un exutoire pour la souffrance, fut suivie par beaucoup de monde et, consommation oblige, elle fut récupérée par les médias, l'intelligentsia, la Jet-set, la sphère de l'entertainment et enfin, par l'économie toute entière. Ainsi avalisée par les forces mercantiles qui ne connaissent pour toute éthique que celle qui consiste à aller droit à la demande, la violence est en passe de transformer notre planète en une foire d'empoigne. L'islam radical s'inscrit dans cette mode planétaire qui touche pèle mêle, le cinéma, la musique, notamment le hard rock et la punk, les jeux d'ordinateur (80% d'entre eux sont basés sur la violence), la publicité, la mode vestimentaire et le comportement urbain en général.

 

L'islam violent est lui aussi, comme le reste, une défense contre la souffrance périnatale et celle de la petite enfance et devrait être traité comme tel. Il n'a rien à voir avec la spiritualité qui nous appelle à faire l'unité en nous afin de retrouver l'Etre en Soi. J'insisterai sur le fait que l'Etre, ou la Réalité si vous préférez, n'étant pas divisible, ne nous est accessible qu'à partir de notre unité intérieure. Tant que nous resterons intérieurement fragmentés, la religion ne nous libérera pas plus que ne nous libère l'image d'une porte, peinte, sur le béton d'un mur de prison.

 

Pourtant, lorsque le rideau de fumée de notre réclusion cognitive se dissipe, nous le sommes cet Etre de paix et d'amour qui incorpore dans son unité jusqu'au moindre de nos sentiments. Malheureusement, il n'y a pas de fumée sans feu et ce feu est celui des traumatismes que nous avons traversés dès avant notre naissance. Ceux-ci continuent de brûler en nous à notre insu et, ce faisant, nous exilent dans les faubourgs périphériques de notre névraxe, là où l'on pense la vie plutôt que de la vivre réellement.

 

"Life is what is happening while you're busy with your other plans".   John Lennon .

 

 Cet exil reste ignoré grâce à nos neurotransmetteurs inhibant la souffrance. Des morphines naturelles sécrétées par notre cerveau et qui sont souvent des centaines de fois plus puissantes que la morphine industrielle. Leur puissance nous indique d'ailleurs, la force des traumatismes qu'elles ont pour rôle de contenir en deçà de notre espace conscient. Cette abstraction, pour ne pas dire cette extraction, de la Réalité est renforcée par les mondes virtuels auxquels nous nous vouons corps et âme. Qu’ils soient ceux offerts par un système de pensée, par une drogue ou par quelque forme de média mentale tels que: l'audio visuel de supermarché, les distractions sous toutes leurs formes,  le Sexe de consommation, la violence ou même Dieu.

 

Cela devrait même nous alerter, pourquoi en effet avons-nous tellement besoin de nous distraire et de quoi ? Rien que pour l'année 2002, mais le marché est en hausse constante, les seuls Etats Unis, pays phare pour le pire et le meilleur, ont dépensé 6.9 milliards de dollars pour les logiciels de distraction et autres jeux de console et je ne parle pas ici des sphères du cinéma, du DVD, du CD, du MP3 ni de celles des autres gadgets électroniques. On prévoit pour 2008, un marché global pour les vidéogames de quelques 43 milliards de dollars. Tout se passe comme si nous ne savions plus faire face à notre propre réalité et avions besoin de nous en distraire en permanence grâce à une assistance en distraction érigée en mode de vie.

 

Le slogan de ce nouveau totalitarisme pourrait être : travailleurs, travailleuses, pensez à autre chose et consommez! Cette distraction du mal être et de la souffrance, à laquelle nous adhérons tous comme un seul homme, crée pourtant un feedback loop dangereux. Plus nous nous distrayons et plus nous négligeons la Réalité, induisant celle-ci à devenir problématique en nous-mêmes comme dans le monde que nous créons. Il nous faudra pourtant bien accepter un jour de regarder la Réalité en face. Espérons que cela ne soit pas trop tard. Nous ne pouvons pas continuer à vivre intérieurement dans un passé non résolu et agir correctement dans le présent, ce n'est tout simplement pas possible. Il nous suffit de considérer le chaos que nous avons engendré sur notre planète pour nous en convaincre.

 

Depuis son apparition sur la Terre, voici quelques 3.5 milliards d'années, la vie a souffert de cinq extinctions majeures. La dernière en date, celle qui emporta les dinosaures, s'est produite il n'y a que 65 millions d'années, une paille à l'échelle du règne biologique. Aujourd'hui pourtant, et même si nous avons tendance à vouloir le minimiser, les signes d'une nouvelle alerte se multiplient. Trente mille espèces animales et végétales disparaissent irrémédiablement chaque année. L'atmosphère est de plus en plus polluée et ses couches extérieures (qui nous protègent contre le rayonnement cosmique nocif) sont attaquées par les aérosols et autres rejets de l'industrie. La pollution gagne les sols, les sous-sols, les nappes phréatiques, les sources, les rivières, les lacs, les mers et les océans.

 

L'eau potable devient un enjeu international majeur et peut devenir, dans un avenir proche, un véritable casse-tête pour certains pays. D'autre part, 140 000 km2 de forêts, soit l'équivalent de la superficie de la Grèce, disparaissent chaque année. Or, 25000 km2 de forêts détruites rejettent 450 millions de tonnes de dioxyde de carbone dans l'atmosphère qui vont nourrir l'effet de serre.

 

Ainsi, par notre action, les saisons se détraquent et tuent, les pôles partent à la dérive et la planète Terre se réchauffe cent fois plus vite que normal. Les scientifiques tablent aujourd'hui sur un réchauffement de 1,4 à 5,8 degrés à l'horizon 2100 et ce, même si des mesures de grande envergure visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, étaient prises dès maintenant. Mais la molécule de C02 est encore plus nuisible qu'on ne l'imaginait. Une fois sortie de son moteur thermique et après avoir séjourné un temps dans l'atmosphère, elle finit sa course au fond des océans. Quelque 48% du C02 émis depuis le début de l'ère industrielle soit 120 milliards de tonnes, s'y trouve déjà. Cette accumulation se poursuit au rythme de... 25 millions de tonnes chaque jour ! Or, le C02 qui est relativement inerte dans l'atmosphère, devient hautement réactif une fois dans l'eau salée et libère un proton ( H+). Nous savons que libérer un proton dans une solution, l'acidifie. Depuis le début du XIXe siècle, les océans ont déjà gagné 0,1 unité pH c'est-à-dire à peu près 10% d'acidité. Le problème majeur c'est que cette acidification de l'eau raréfie certains nutriments utilisés par le phytoplancton et compromet, ainsi, toute la chaîne alimentaire qui en dépend. L'acidification des océans affectera d'ici 2030, la survie même de nombreuses espèces planctoniques. Mais le phytoplancton n'est pas sensible qu'à l'acidification des mers, il l'est aussi à leur réchauffement. Nous n'avons pas encore une claire image des bouleversements que cela peut entraîner, mais ils risquent d'être, à terme, extrêmement nocifs pour toute la biosphère car c'est le plancton qui, notament fixe le CO2 au fond des mers.

 

Enfin, le dégel accéléré du Permafrost, sols gelés en permanence (Alaska, Canada, Groenland, Sibérie), pourrait libérer des quantités astronomiques de C02 et de Méthane, gaz lui aussi à effet de serre qui viendraient encore renforcer le réchauffement planétaire. On le voit, nous ne sommes pas sortis de l'auberge !

 

Pour donner un coup d'arrêt aussi bien au réchauffement de la planète qu'à l'acidification des océans, II nous faudrait réduire immédiatement de 60% nos émissions de gaz carbonique, ce qui parait peu probable. Pourtant, si nous ne faisons rien, ou ne prenons que des actions cosmétiques, notre consommation d'énergie primaire de 9200 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole) en 2000 (dont 8000 d'énergie fossile), devrait passer à 15000 en 2030 (dont 13000 de fossiles) et à 19000 en 2050, (dont au moins 16000 de fossiles). Certains écologistes, tel que James Lovelock, père de la théorie Gaia, proposent pour combattre le réchauffement de la planète, de passer au tout nucléaire, mais cela ne parait pas non plus une solution très réaliste. Outre la vulnérabilité que cela pourrait représenter face aux menées terroristes, il faudrait, pour ce faire, construire chaque année l'équivalent du parc nucléaire mondial actuel, soit 400 centrales environ, plus d'une par jour. Il nous faudrait investir plus de 600 milliards d'euros par an, sans compter que les réserves d'uranium connues n'y suffiraient pas.

 

Dans ces conditions, il est évident que, sauf une prise de conscience dramatique et des mesures draconiennes, nous courons à la catastrophe. Il devient crucial que nous sortions de notre aveuglement en dissipant nos schémas mentaux pathologiques si nous voulons éviter l'anéantissement de notre civilisation, sinon celle de notre espèce toute entière. Prenons l'exemple de l'automobile. Il est avéré qu'elle représente la plus grosse source de pollution et pourtant peu d'entre nous seraient prêts à s'en passer. Pire, car si les grandes marques rivalisent aujourd'hui aux grosses cylindrées c'est qu'il y a demande. Le drame c'est que, sur notre Terre, le plaisir immédiat et le profit économique priment sur notre santé et celle de nos enfants, sans parler de notre survie en tant qu'espèce. Ce qui est vrai pour l'automobile, l'est pour le tabac, l'alcool, les médicaments, les drogues et l'armement, mais la liste n'est pas close. C'est ce qui me permet de parler de schémas pathologiques. En 2005, 1300 scientifiques de tous les pays se sont réunis au siège de l'ONU pour tirer la sonnette d'alarme : 60% des écosystèmes de la planète sont dégradés et malades. Les prévisions faites par les Nations Unies indiquent que la pollution, l'élévation du niveau des mers et l'avancée des déserts pourraient déplacer à partir de 2010, quelques 50 millions de personnes l'an, soit deux fois plus qu'en 2005. En janvier 2007 les experts se sont à nouveau réunis à l'Unesco à Paris pour nous mettent en garde. Mais on voit mal des pays tels que la Russie ou la Chine ou même l'Inde réduire leur pollution tant que les Etats Unis, le pays le plus pollueur, ne donneront pas l'exemple.

 

Malheureusement, il n'y a pas que par la pollution de la Nature que nous sommes occupés à nous détruire. Nous avons plusieurs flèches à notre arc psychotique. Nous possédons d'ores et déjà assez d'armes nucléaires pour éliminer plusieurs fois l'Humanité toute entière. Une seule fois n'était-il donc pas suffisant? A croire que nous voulons être bien sûr de pas nous louper! En effet comment justifier nos stocks d'armes nucléaires alors que nous savons pertinemment que les utiliser dans une guerre ne laisserait pas de survivants sans parler de vaiqueurs. Franchement, n'est-ce pas là la preuve que nous ne sommes qu'une bande de très grands malades?

 

Mais ce n'est pas tout car, à terme, les manipulations génétiques, notament celles des virus, peuvent se révéler encore plus monstrueuses si cela est possible. Aujourd'hui, les laboratoires qui bidouillent les virus se multiplient et le savoir faire se répand partout. Il est désormais possible de fabriquer des virus pièce par pièce. Sans même parler des menées terroristes, le risque de contamination par des virus monstrueux qui n'auraient jamais dû quitter les laboratoires, devient de plus en plus plausible. En 2002, l'équipe d'Eckard Wimmer de l'université de New York, a créé le virus de la poliomyélite dans son laboratoire de Stony Brook, à partir de sa seule séquence génétique. Fin 2005, l'équipe de Jeffrey Taubenberger, de l'Institut de pathologie des forces armées des Etats Unis, a redonné vie en quelque sorte, au virus de la grippe espagnole qui tua 50 millions de personnes en 1918. La course est lancée pour la synthétisation de génomes de virus de plus en plus grands et ce, dans des laps de temps de plus en plus courts. Les start-up produisant de l'ADN à la demande fleurissent. DNA2.0, Blue Heron, Celera, Codon Devices, Integrated DNA, pour ne citer que celles-là. Si le savoir faire n'arrête pas de proliférer, les coûts, eux, sont en baisse constante. Si en 2003, il fallait compter cinq à huit dollars la paire de base, aujourd'hui elle n'est plus qu'entre un et trois dollars et à l'heure où j'écris ces lignes le coût doit avoir encore baissé. Or, les techniques, les séquençages et les programmes sont portés à la connaissance de tous et les chercheurs s'essayent à n'importe quoi. Il y a beaucoup de malades mentaux sur cette terre. Certains sont à la tête de gouvernements, d'autres se croient mandatés par Dieu pour éradiquer de la planète tous les infidèles, quitte à sacrifier au passage certains de leurs frères qui, à cela ne tienne, deviendront des martyrs. Ainsi, on le voit, de nombreux moyens d'élimination de notre espèce se mettent en place et convergent vers ce même but final.

 

La bonne nouvelle, c'est que nous jouissons d'un immense avantage par rapport aux dinosaures. Si leur disparition eut pour cause la chute d'une météorite contre laquelle ils ne pouvaient rien, la notre, en revanche, si elle survient, n'aura pour cause que notre propre aveuglement. Oui, cette fois, ce sont nous, les très intelligents êtres humains, qui tuons la vie sur la Terre à grande échelle et finirons par nous exterminer.

 

 Si la destruction massive à laquelle nous nous livrons, n'est bien sûr pas le résultat de notre précieuse intelligence, elle est en revanche, la conséquence directe de notre manque d'accès à notre ressentir et nous pouvons y remédier.

 

En règle générale donc, lorsque des souffrances trop fortes pour être ressenties, assaillent l'enfant, son système de survie soustrait sa conscience à leur impact dévastateur. Ces souffrances sont alors réprimées dans les profondeurs de sa névraxe comme autant de charges explosives et, avec elles, sont englouties des parts entières de son ressentir qu'elles ont contaminé. En stigmatisant les souffrances endurées avant pendant et juste après la naissance, mon but n'est pas de minimiser l'importance des traumatismes subis durant la petite enfance. Je souhaite simplement rappeler que ce sont les traumatismes périnataux qui donnent aux traumatismes de la petite enfance, leur fantastique force d'occlusion qui rend les déconnexions ultérieures si puissantes et si difficiles à traiter. Ceci dit, il est indéniable  que certains traumatismes de la petite enfance, comme le viol par exemple, peuvent avoir une valence très forte.

 

Le ressentir une fois englouti, la pensée s'isole. Elle s'enferme alors dans sa propre représentation du monde, limitée et virtuelle. Cette représentation est fragmentée, déconnectée, mais elle nous sécurise. L'importance que nous lui accordons a pour mesure la gravité des traumatismes qu'elle contribue à réprimer et occulter en nous. Ainsi, la plupart des luttes entre êtres humains sont des luttes pour défendre ces représentations ( coutumes, cultures, idéologies, religions, etc. ) qui nous aident à contenir nos souffrances précoces. Ainsi la déconnexion exige que nous ayons chacun une représentation cognitive personnelle du monde. Nous vivons par cette représentation du monde, interposée. Ceux-ci se drapent dans leur Démocratie, ceux-là dans leur Islam, mais nous sommes tous de grands malades et tous aussi dangereux les uns que les autres. Arrêtons donc de nous la jouer et oeuvrons ensemble pour notre survie. Notre soif de pouvoir est à la mesure de la faiblesse et de l'impuissance que nous avons ressenties à l'origine de notre vie. La force de notre déconnexion est celle du désespoir de l'enfant, qui couve en nous depuis le tout début.

 

L'immense difficulté pour soigner cette déconnexion en nous, vient du fait qu'elle est inconsciente. Oui, totalement incognito ! Cela signifie, si notre système de gating est en configuration bloqué, que nous sommes absolument inconscients d'être déconnectés de nos sentiments et donc, de la Réalité. Nous pouvons même en toute bonne foi nous croire des êtres débordants d'amour et de sensibilité, sans nous rendre compte de notre déconnexion et de notre incapacité à ressentir. Hitler ne se croyait certainement pas insensible ni méchant, pas plus que Staline, Saddam Hussein ou Ben Laden. Ils se sont malgré tout, livrés à des atrocités qu'un être connecté à son ressentir serait incapable de commettre. Nous vivons aujourd'hui dans un monde plein d'amour et de tendresse qui détruit pourtant la Nature à très grande échelle et laisse mourir de faim six millions d'enfants chaque année. ( Unicef ).

 

Le mystère des massacres commis à Columbine, à Virginia Tech ou sur toute la planète par les terroristes musulmans, ne pourra être élucidé en scrutant l'ADN des criminels. C'est la force de la souffrance que contiennent les traumatismes précoces qui constitut la charge explosive déposée secrètement en nous durant la période périnatale ou même avant. Certaines conditions de vie, certains vices de parcours, peuvent alors armer ces charges qui ne demandent plus qu'un prétexte comme exutoire, pour s'exploser au grand jour. Selon une etude medicale americaine, des personnes ayant subi à la fois des difficultés périnatales et des carences affectives durant leur enfance, étaient six fois plus prédisposés à commettre des crimes que celles qui n'avaient jamais connu ce genre d'expérience.

 

Ainsi, toute la violence du monde prend sa source dans un cerveau violé par la souffrance, avant de se déverser à l'extérieur, se propageant à travers les familles et les nations et ce, jusqu'à altérer les mécanismes mêmes de la nature toute entière. Emotionnellement aveuglés par cette souffrance, nous construisons notre monde sans nous douter qu'il nous manque la moitié de la connaissance requise, celle de ce niveau en nous où nous sommes la Réalité sensible, où nous sommes la Vie et où nous sommes la Nature. C'est sur cette ignorance initial que sont bâties toutes nos sociétés et il existe des moyens pour la réduire. Ce que je propose n'est bien sûr pas de faire faire une thérapie à tous les habitants de la planète, mais plutôt de protéger les enfants durant la période périnatale et ce, par des méthodes appropriées.

 

Nous vivons dans une société de consommation non pas parce que c'est le meilleur système, mais parce que, plus nous sommes remplis de souffrances non résolues, plus nous éprouvons le besoin de consommer: c'est une drogue. La relation est à présent clairement établie entre le taux de consommation d'une part et le taux de neurotransmetteurs inhibant la souffrance, émis de l'autre. Ainsi, la croissance économique et ses règles savantes, ne font que donner un prétexte sérieux, à un besoin pathologique inconscient certes, mais, hélas on ne peut plus réel : occulter cette atroce souffrance en nous et, au besoin, avec n'importe quoi. StarAc par expemple.

 

Je pense qu'il serait  plus intelligent de mener une action pour prévenir et éradiquer les souffrances qui entourent la naissance, que d'essayer sans fin de calmer leurs symptômes. Même si cela fait le jeu de notre économie qui, par définition, n'a aucune envie de satisfaire nos besoins encapsulés, puisqu'elle ne prospère et n'existe que par leur insatisfaction. Cela tombe bien car la névrose n'est pas de nature à être satisfaite. Ceci est tellement vrai qu'aujourd'hui, des branches entières des l'économie étudient les moyens de nous inventer de nouveaux besoins que nous gobons aussitôt et sans rechigner. Les psys touchent aujourd'hui plus d'argent en tant que conseillers de marketing que dans leurs cabinets.

 

Si nous voulons apporter un réel changement à notre situation (mais le voulons-nous?), commençons donc par bien recevoir les êtres humains lorsqu'ils arrivent sur la Terre. Ceci nous évitera d'aveugler leur fenêtre sensorielle et, ce faisant, nous permettra de ne pas les couper de l'Etre, ce dernier devant rester notre demeure. L'Etre constitut en effet le Locus Premier que nous ne devons jamais quitter. C'est la première règle de spiritualité, de psychologie ainsi que d'Ecologie. Alors, ils grandiront avec une vision naturellement holistique et non fragmentée, et, à leur tour, respecteront cette planète qui les comprend et leur fait bon accueil.

 

Comme je l'ai signalé, des méthodes d'accouchement sans-violence-pour-l'enfant  existent. Je renvoie ici le lecteur qui serait interessé, aux livres de Frédérick Leboyer et de Michel Odent. Si ces méthodes pouvaient être  internationalisées, chaque nouvelle génération viendrait diluer un peu plus notre insensibilité et notre violence et, en l'espace de quelque générations, notre communauté planétaire redeviendrait plus humaine et recouvrerait, peu à peu, sa place harmonieuse au sein de la Nature. C'est pourquoi j'invite ici, les Nations Unies ainsi que les leaders des grandes religions, à se pencher sur le sort de l'enfant, surtout durant la période périnatale. La pensée ne pourra pas résoudre la crise dans laquelle elle nous a plongés, seule la connexion au ressentir occultée  peut faire une telle chose.

 

Le fait que nos coeurs, à nous autres adultes, soient aveuglés, devrait nous frapper avec autant de force et nous pénétrer de la même urgence, que, par exemple, la révélation d'une énorme météorite devant percuter la Terre. Alors, l'ensemble des nations devrait se pencher sur le problème du traitement de l'enfant durant ces périodes de très grande vulnérabilité que sont la gestation, la naissance et la petite enfance. Ensuite, des moyens adaptés à l'ampleur du défi devraient être dégagés. L'amour devrait être considéré, non seulement comme une condition indispensable au bon fonctionnement de l'être humain, mais même comme la plus essentielle de toutes les énergies, mille fois plus importante que le pétrole ou le nucléaire car, sans l'amour, les hommes transforment le pétrole et le nucléaire, en armes de destruction de masse.

 

Or, l'amour est ressentir par essence. Sans accès au ressentir, il ne reste qu'un simulacre d'amour et les enfants ne s'y trompent pas. A ce point de mon discours, j’aimerais rappeler une vérité qui n'est peut-être pas évidente pour tous, à savoir que les enfants des riches ne sont pas plus épargnés par le manque d'amour que les enfants des pauvres. Seules les voies par lesquelles le manque d’amour se manifeste à eux diffèrent et l'intensité de la souffrance en est indépendante. Ne nous leurrons pas, l'amour ne s'achète pas et il ne peut être remplacé par quoi que ce soit d'autre. Un enfant issu de parents déconnectés, même s'il a beaucoup de jouets, reste un enfant seul.

 

Dans l'Evangile, Jésus place un enfant devant lui et dit : " Vous n'entrerez au Royaume de Dieu que lorsque vous redeviendrez semblables à de petits enfants ". La question qui se pose est de savoir pourquoi et comment nous avons quitté cet enfant que nous avons tous été, et à qui Jésus nous conseille de faire retour à présent? La réponse est simple. L'enfant brûlait en son cœur, de trop de souffrances, de trop de solitude, de trop de terreur, de trop de désespoir. Il nous fallait l'ensevelir en nous-mêmes quitte à perdre avec lui, notre ressentir et par là, notre connexion à l'univers tout entier.

 

Pour retrouver cet enfant, aujourd'hui, il nous faut rencontrer ce qui nous a fait le quitter: notre véritable histoire depuis le tout début et elle est pleine de tout ce que nous ne voulons pas voir et encore moins ressentir.

 

  "Hypocrites, vous blanchissez l'extérieur de la coupe maia l'intérieur reste plein d'horreur".  ( Jésus de Nazareth )

 

 Considérant le formidable pouvoir qu'ont les religions sur les masses et ce, jusque dans ce XXl ème siècle, j'ai pensé que si ces systèmes pouvaient montrer la bonne direction pour nous reconnecter à l'Etre à travers notre reconnexion à notre petit être, mais les deux ne font qu'un, elles pourraient baliser notre retour au sein de la grande harmonie de l'univers. Il y a quelque années j'ai écrit un conte qui parle de ce sujet important. Il retrace l'Histoire de la Vierge Marie à travers les versets du Coran et cette dernière traverse une telle réconciliation intérieure.

 Si j'ai choisi Marie pour être l'héroine de ce conte, c'est aussi parce que pour deux milliards de chrétiens et plus d'un milliard de musulmans, elle est la mère parfaite, capable d'un amour inconditionnel et sans aucun jugement. De plus, ce qui ne gâte rien, Marie est juive. Ce n'est pas tous les jours que les musulmans vénèrent une juive et c'est à ne pas manquer.

 Enfin, elle nous rappelle que la toute première connexion humaine est celle de la mère et de l'enfant et que, si cette connexion est perdue trop tôt ou que, d'une façon ou d'une autre, elle n'a pas vraiment lieu, toutes les autres connexions restent virtuelles. J'ai décidé de donner à Marie une bonne naissance. Ceci sied tout d'abord à des êtres, comme elle, choisis. D'autre part, une naissance traumatisante aurait nécessité une cure plus longue que le récit ne le permettait. Mais même ainsi, nous verrons que la souffrance et la solitude d'un enfant peuvent être aussi grandes que la nuit cosmique.