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22. AVEC LES HYPOCRITES DE TEHERAN PDF Print E-mail
Written by Patrick Pahlavi   
AVEC LES HYPOCRITES DE TEHERAN.


 

 

 

 

En 2003 et parallèlement à cette affaire, arrivait de Téhéran ce qui semblait être un message de salvation. C'était mon mon fidèle Hadji Babaï qui m'avait retrouvé et me faisait savoir que ces messieurs les mollahs, étaient prêts à me rendre mes terres confisquées à la révolution. Je faisais un rapide calcul, ils me devaient plus de cent millions d'euros. Cela pouvait certes améliorer mon quotidien mais surtout celui de mes trois fils.

Coincé et torturé par une vieille folle au service des Pahlavi, réduit à la misère, j'allais tenter ma chance. De 2003, jusqu'a 2006,  j'entretenais un lien téléphonique important avec Téhéran. Assez important pour faire siffler les oreilles des RG et même du NSA américain. Je parlais avec quantité de personnalités religieuses y comprit des ayatollahs tels que Dorri Najafabadi, Guilâni, Kashani ainsi qu'Arbabi qui dirige le département de la communication du Parlement Iranien. Comme je l'ai déjà évoqué dans ce livre, en 2005, le journal Kayhan de Téhéran, qui est le plus gros quotidien national iranien, publia sur dix numéros consécutifs, des textes me concernant, y compris des extraits des dossiers de la Savak. Ces textes, à n'en pas douter, faisaient de moi un héros de la révolution à retardement. De 2005 à 2006, trois livres étaient également édités à Téhéran, qui reprenaient le même thème.

En juin 2006, je recevais ici à Paris, un envoyé très spécial et discret, du Guide Suprême. Cet émissaire était l'ayatatollah Rouhani. Nous nous rencontrâmes à plusieurs reprises, notamment au centre culturel iranien. Il m'interviewait et filmait l'interview pour le Guide Suprême. Ma vision de la spiritualité ne semblait pas l'interesser outre mesure. Ce qu'il voulait c'était que je dise du mal du Shah, ce à quoi je me suis refusé. L'offre de me rendre mes biens confisqués, prit fin dès l'arrivée au pouvoir d'Ahmadinéjad soit deux mois plus tard.

Après le lâchage de la petite dame, je me retrouvais dans une situation financière très grave. Je ne compte même pas les journées passées sans manger depuis lors. Durant l'été qui suivit, j'écrivais au Président de la République, à son épouse, à sa fille, ainsi qu'au Premier ministre, au président de l'Assemblée Nationale, au ministre de l'Intérieur et à l'ensemble de la presse. J'expliquais les mécanismes du complot qui m'avait étouffé, avec tous les documents nécessaires à l'appui.

Seul Nicolas Sarkozy me répondit. Il me donnait des conseils pour parer au plus pressé et m'aiguillais vers le Service Social Départemental Polyvalent de la DASES. Après consultation, j'étais aiguillé vers le Relais de l'Evangile afin de recevoir un colis alimentaire. Tout ça était trop compliqué pour moi et je préférais finalement avoir recours à la bonne vieille méthode que j'avais apprise lors de mon passage en clochardie: faire la manche. J'aime autant dire que j'ai passé un été difficile.

A l'automne 2006, je recevais une convocation au siège de la DST. Le capitaine de police Florence Toscane, me fit descendre au sous-sol et nous nous installâmes dans un petit bureau à l'abrit des curieux que le capitaine semblait craindre.

--  "Nous avons bien étudié la plainte que vous avez adressée au ministre de l'Intérieur. Effectivement vous avez bien été étouffé pour des raisons politiques.  Nous allons essayer de faire éditer votre livre, mais cela risque d'être long car il va nous falloir batailler en Haut. D'autre part vous devez vous attendre à ce que les Pahlavi et les mollahs vous tombent dessus, il faut en être conscient".

Depuis, je revis ce capitaine, d'ailleurs fort sympathique, et lui parlais à plusieurs reprises au téléphone, mais vu le climat pré-électoral, il semble que la DST avait d'autres chats à fouetter. Ainsi, ma situation restait bloquée comme elle l'était à ma naissance et de la même façon mon espoir de m'en sortir s'ammenuisait.

Vivant comme un ermite et RMIste forcé, j'ai eu le temps de méditer sur mon destin. Je me suis interrogé sur la  part de responsabilité de mon code névrotique originel dans mon aventure. Etais-je à l'origine de l'enfermement dans lequel je me trouvais? Pour une part seulement.

Certains pensent que si je n'ai jamais pu courber la tête face à l'autorité et me suis ainsi heurté aux puissants, c'était par orgueil, parce que j'étais trop conscient d'être un prince, etc.. Mais c'est une fausse vision de moi, qui ne tient pas compte des données qui me sont intérieures. En fait, chaque fois où je me retrouve dans une situation où je dois plier la tête, les mémoires où, à la naissance, je luttais pour mes derniers instants de vie, sont ranimées. Dans ces mémoires, me soumettre signifiait pour moi mourir. J'ai poussé avec l'énergie du désespoir pour m'en sortir, avant que le manque d'oxygène finisse par m'immobiliser. C'est cette force du désespoir qui m'a fait me heurter à tous ces maniaques qui voulaient me soumettre et m'enfermer, conformément à leur névrose. C'est elle qui m'a privé de la flexibilité nécessaire pour les éviter. Il ne faut pas perdre de vue que les mémoires traumatiques sont aussi vives et leurs force aussi grande, qu'à l'instant où elles se sont produites. Conservées intactes, leur énergie fait constamment pression pour remonter à l'air libre. Leur code pourtant, ne peut  être cassé que par sa seule relecture à la lumière de notre conscience. C'est ce qu'on appelle alors un Primal.

Connaissant mon besoin pathologique de liberté, on peut se demander pourquoi je me suis toujours retrouvé dans une forme ou une autre de prison. La réponse est simple: il faut être en prison pour pouvoir s'évader. Ainsi, inconsciemment, nous recréons symboliquement des scènes similaires à celles de notre traumatisme en espérant pouvoir en triompher, mais en vain.

Quant à la part de responsabilité du code névrotique originel des autres, ceux qui m'ont combattu et écrasé sans raison, elle est tout aussi énorme bien sûr. Mon comportement heurtait leur névrose. Je les déclenchais comme on dit dans le jargon Primal. Pour eux, j'étais dangereux parce que je menaçais l'illusion même dans laquelle ils se réfugiaient. Beaucoup d'êtres humains placent leurs défenses pathologiques dans une fonction sociale, un titre, un honneur, ou dans n'importe quelle forme de pouvoir. Ils exigent alors des autres une soumission à leur jeu que j'étais incapable de  leur offrir. 

Il reste néanmoins époustouflant de constater comment des hommes peuvent massacrer des innocents sans remords ni compassion, du moment qu'ils arrivent  à croire qu'ils agissent pour la bonne cause. Que cette cause soit celle des nazis, des islamistes, des franc-maçons ou quelque autre expression du pouvoir, le mécanisme reste le même. Pourquoi fallait-il m'écraser en effet? Qu'avais-je fait d'autre que d'exister? J'attends des réponses. Mais il n'y pas à chercher, lorsque l'ordre vient d'en haut, qu'il représente l'autorité, les hommes ne se posent plus ce genre de questions. Ils tuent lorsqu'on leur donne l'ordre de tuer. Domages collatéraux disent-ils, et leur conscience s'en trouve, sur le champ, apaisée.

Mon propos ici, n'est pas de condamner ceux-ci ou ceux-là, même si j'aimerais quand même que l'on me fiche la paix. Mon but est de stigmatiser la folie qui nous habite tous et nous pousse à faire n'importe quoi. Nous vivons dans des bulles d'illusion qui nous évitent de regarder notre réalité en face. Ce faisant, nous restons aussi inconscients de la souffrance que nous engrangeons en nous-mêmes que de celle que nous administrons, sans compter, au monde qui nous entoure. Mon histoire ne constitut qu'un infime échantillon dans la masse des injustices perpétrées par nos dérèglements, mais c'est la part que j'ai vécue et donc, la seule pour laquelle je puisse réellement porter témoignage.

 

 
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