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12. AU PAYS DES DROITS DE L'HOMME PDF Print E-mail
Written by Patrick Pahlavi   
AU PAYS DES DROITS DE L'HOMME.


 

 

Nos six premiers mois au pays de la liberté, nous les passions à Nice auprès de ma mère, si heureuse de me revoir, et de mon frère et sa famille. Après avoir été pendant trois années, immergés dans le stress permanent de la révolution, la décompression était énorme. Je faisais face à un nouveau destin dont rien n'était dessiné. N'ayant rien en main que ma petite personne, je réalisait que cette fois je n'avais plus le choix: si je voulais être capable de tenir sur mes deux pieds, il me faudrait faire cette Thérapie Primale qu'à la fois j'espèrais et redoutais depuis si longtemps. J'écrivis donc à Janov aux Etats Unis afin d'obtenir une date pour venir y commencer ma thérapie. Très heureux d'avoir de mes nouvelles, il me répondit qu'il n'était pas nécessaire que je me déplace car il ouvrait très prochainement  un Institut Primal à Paris. Quand au problème de Dieu j'avais questionné Arnaud Desjardins, pour lequel j'avais beaucoup d'estime et il m'avait fait donner la réponse suivante:

Arnaud Desjardins a bien reçu votre lettre. Il vous fait dire que concernant votre foi en Dieu vous n'avez rien à craindre. Et plus précisément que: "Quand on met du minerai dans le creuset, l'or pur demeure toujours intact. Si votre religion disparait après une thérapie, c'est que votre religion n'était pas profonde. Mais si elle est profonde elle sortira enrichie et purifiée par la thérapie. Je vous adresse, monsieur toute ma sympathie:  Marie Mehnert, Le Bost, 23. 6. 82.

Le 9 Août 1982, je commençais enfin cette thérapie que j'espèrais depuis 1969 et pour laquelle j'avais tant hésité. En plus, j'avais la chance d'avoir Arthur Janov en personne, pour thérapeute.  En effet, après une très longue interruption depuis l'époque de John Lennon, il reprenait  personnellement des patients. En somme, mes atermoiements n'avaient pas eût que du négatif. Je me souviendrai toujours de cette première session avec Art. Il m'a simplement dit: "j'aimerai vraiment te connaitre, raconte moi qui tu es". Il y a bien sûr une certaine retenue, pour ne pas dire une barrière ou même des murailles à abattre, avant de se livrer. Tout est une question de confiance en votre thérapeute mais aussi en vous même. Le monde nous a généralement tellement culpabilisé! L'enfant recroquevillé tout au font de nous ne sortira sa tête que lorsque la confiance et la sécurité seront totales. 

Pendant que mon édifice blindé de mille défences psychologiques commençait à partir en pièces, je faisais des petits boulots pour nous faire vivre, ma femme mes enfants et moi. En fait, outre mes articles dans la presse, je travaillais pour une société d'import/export qui traitait avec l'Iran. Ainsi, j'arrivais à me faire plus de vingt mille francs par mois, ce qui n'était pas trop mal pour quelqu'un qui reprenait tout à zéro. En 1984, Paris Match m'offrais une interview de deux pages. Celle-ci était menée par Marc Ullmann, l'un des grands reporters du magazine. Elle interessa outre des iraniens qui voulaient me faire faire de la politique, des membres des différents services de renseignement occidentaux. Je les rencontrais pour la plupart au Travelers' Club sur les Champs Elysées. Voyant que ce que j'avais à dire pouvait être interessant, Paris Match m'offrit de faire plusieurs papiers pour la rubrique Carte Blanche. Ayant une bonne connaissance du Coran mais surtout une connaissance non partisanne et qui n'était pas entachée par cette solidarité malsaine entre musulmans qui leur fait dire n'importe quoi.  Je répondais aux intégristes au moyen des versets mêmes du Coran. Pour moi la vérité primait et le terrorisme par exemple, ne pouvait être avalisé par notre livre saint sous aucun prétexte, même pas celui de cette pseudo-solidarité. De toute évidence, la formule plaisait. Je commençais alors à écrire pour d'autres magazines, tel que l'Express et le Nouvel Obs, et continuais à donner des interviews. Je donnais également quelque conférences à Paris, Lyon ainsi qu'à Clermont-Ferrant.

Pendant ce temps ma thérapie m'entrainais vers de nouvelles profondeurs et, fatalement, vers de nouvelles compréhensions de ce que représentait la spiritualité pour ma citadelle intérieure qui n'était pas si vide que Bruno Betelheim veut bien le dire. Après toutes ces années de Thérapie Primale je n'ai pas perdu ma foi en Dieu comme je le craignais même si certains aspects de cette foi sont partis à l'abîme. La terrible faiblesse et la solitude infernale, qui régnaient en moi depuis ma naissance et même avant, formaient les récifs les plus dangereux. En effet, ces mémoires traumatiques pour être désamorcées, excluaient toute possibilité de protection de quelqu'être transcendant que ce soit même si elles hurlaient mon besoin vital d'être sauvé. Au delà de ces récifs, Dieu, s'il subsistait, prenait une autre signification, plus présente et moins duelle. Ce que j'aime dans la foi chrétienne c'est cette célébration de la naissance d'un enfant qui au plus profond de son immense vulnérabilité demeure un Dieu tout puissant. C'est en ressentant notre faiblesse que l'on devient fort et en ressentant notre isolement que l'on peut enfin communiquer. Pour Jésus c'est simple: si nous ne faisons pas retour à l'enfant et à sa terrible vulnérabilité, nous ne pénétrerons pas dans le Royaume de Dieu qui n'est autre que la Réalité.

A travers le filtre primal, ma foi en Dieu s'est débarassée de tous ses oripeaux sécurisants pour ne plus être qu'un souffle, l'expérience même d'un instant, puis d'un autre, en titubant au coeur de la nuit. Mais ce sentiment de ne  plus rien avoir à quoi s'accrocher nous donne finalement la force de tenir sur nos deux pieds. Ou plutôt sur les pieds mêmes de la Vie. Ceci a certainement rendu ma foi plus pratiquable et moins ostensible et là encore on retrouve le chemin prôné par un Bouddha ou un Jésus. Je continuais à pratiquer l'Islam, mais réalisais de mieux en mieux que la barbarie commise par mon ami Bahman puis reprise à grande échelle durant la révolution en Iran et aujourd'hui au niveau mondiale, avaient créé en moi une sévère allergie au fait religieux. C'est la Vie en nos coeurs qui est prière et elle ne nécessite de notre part que d'être présents à nous-mêmes. Cette barbarie émanait de la souffrance insufflée à l'enfant à la naissance puis durant son jeune age et n'avait pas à être recrachée sur le monde par les adultes, et encore moins sacralisée. Entre Bahman et moi, c'est moi qui avait raison. Il m'avait fallu trente années d'une quête ardente à travers les versets du Coran, ainsi que la plus profonde des thérapies, pour finalement pouvoir formuler ma conclusion de façon académique. J'aurais aimé être en mesure de la donner à Bahman avant qu'il ne commette l'irréparable. Je me permets néanmoins de l'insérer ici et prie Dieu qu'elle en aide quelque uns. 

 

 
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