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9. LE PELERINAGE PDF Print E-mail
Written by Patrick Pahlavi   
LE PELERINAGE.


 

 

 

Durant ces deux années, mon oncle ne pouvait me refuser de faire le pélérinage à la Mecque. Politiquement cela aurait été une erreur très grave. Avec un ami, Bijan Assad Bakhtiar, nous nous envolâmes donc pour l'Arabie Saoudite. Lorsque nous descendîmes de l'avion à Djeddah, quatre membres de la Savak, dont un mollah, nous attendaient au bas de la passerelle. Vous vous étonnerez peut-être, mais la Savak avait de nombreux mollahs infiltrés dans le clergé. Celui-ci, Sheikh Gharavi, était d'ailleurs charmant. Il n'empêche que faire notre pélérinage encadrés de la sorte allait tout nous gâcher. Je l'expliquais au chef du groupe. C'était un monsieur très courtois, docteur en sociologie, mais aux ordres très strictes.

---  Je comprends bien votre préoccupation prince, mais comprenez vous aussi que j'ai des ordres et que si je ne les exécute pas j'irais en prison.

Je comprenais  son point de vue et me résignais. Je ne voulais pas créer d'ennuis à ces gens qui n'étaient finalement pour rien dans mon désagrément. Je ne devais celui-ci qu'au Shah et à ma névrose friande de danger, mais surtout au cercle de militaires que j'avais dérangés dans leurs magouilles. Le lendemain au déjeuner le monsieur  en question arriva tout sourire.

 --  J'ai une bonne nouvelle pour vous prince! J'ai demandé et obtenu de vous placer sur la liste des invités du roi Khaled. Seul et si vous le voulez bien, le Sheikh Gharavi vous accompagnera.

 Le Sheikh qui connaissait bien la Cour Saoudienne et parlait arabe couramment, nous fût en fait d'une grande utilité. Nous l'adoptâmes vite comme le troisième luron de notre groupe. Logeant à l'hotel Intercontinental de la Mecque, nous nous rendîmes plusieures fois à la Kaaba pour faire nos circonvolutions. En fait, celles-ci n'étaient pas si faciles à exécuter et pouvaient même être parfois dangereuses. La force de la marée des pélerins qui tournaient était énorme et les risques d'écrasement existaient. Certains pélerins n'hésitaient pas non plus à donner des coups pour se frayer un chemin. Mais bon, ceci dit, l'ambiance était surnaturelle. Une fois, l'appel à la prière retentit au beau milieu de nos circonvolutions. Les places étaient vite prises et je n'en trouvais aucune. Je commençais à paniquer, lorsqu'un pélerin, tout devant, me fit signe de venir. Je me précipitais car la prière allait commencer. Lorsqu'installé à ma place à côté du dit pélerin, je levais enfin les yeux, j'étais juste en face de la Pierre Noire encastrée dans sa bague métallique. La meilleure place que j'aurais pu trouver! Durant son dernier pélérinage, le prophète avait embrassé cette pière et demandé aux pélerins qui viendraient par la suite d'en faire autant. Ainsi, à travers les siècles les pélerins pouvaient-ils faire la bise au prophète par Pierre Noire interposée.

Nous nous rendîmes aussi à la grotte où le prophète avait eu sa première révélation, sur le Mont de la Lumière. Il y avait tant de pélerins autour de la grotte qu'il était impossible de s'en approcher. Des canettes de soda et des pellicules de polaroïd jonchaient les rochers tout alentour. Avec Bejan, nous nous asseyames un peu plus loin pour regarder le panorama et écouter le silence. Nous nous dîmes que depuis l'époque du prophète le paysage n'avait pas du changer et que c'était le même qu'il regardait durant ses méditations. Soudain sur la droite, nous vîmes un aigle arriver. Son vol était magestueux. Il passa devant nous, presqu'à notre hauteur et s'éloigna sur notre gauche. Quelque minutes plus tard, un autre aigle se pointa. Il fit le même parcours mais il avait un autre plumage et son vol était différent. Puis un autre et enfin un quatrième aigle. Les quatre étaient différents et avaient chacun sa façon de voler. Ce n'était pas un catwalk show mais un eaglefly show époustouflant de beauté. Après avoir accompli tous les rituels nécessaires au Grand Pélérinage nous nous rendimes à Médine ou la Ville du Prophète. L'ambiance spirituelle qui émanait de ce lieu était palpable. Mon pélérinage restera l'un des moments forts de ma vie, plus fort finalement que je ne l'aurais imaginé. J'avais été à la Mecque pour remplir un devoir divin et recevais en retour, un cadeau d'une valeur spirituelle inestimable.

 

 
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