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5. LE SIGNE DE L'INFINI PDF Print E-mail
Written by Patrick Pahlavi   
LE SIGNE DE L'INFINI.

 

 

En 1969, J'étais à Genève où je demeurais chez ma cousine Shahnaze, la fille ainée du Shah. C'était la seule de la famille de mon père que j'aimais vraiment. Avec le recul, je me demande si notre connivence ne venait pas du fait qu'elle était elle aussi un peu maltraitée. Souvent avec son époux, Khosrow Djahambani, nous parlions du Tao te Ching que nous connaissions tous les deux par coeur. Pour ce faire, nous allions généralement sur la jetée de pierres qui était juste devant leur maison, sur le Lac Léman. Curieusement, sans savoir l'interêt que je portais au Tao te Ching, ils m'en avaient offert une traduction française.

 Ce jour là, Khosrow qui était assis sur un bloc de pierre un peu surélevé, dévidait son savoir sur cette Unité de l'Etre incorporant toute chose, dont nous étions si friands. Sachant à l'avance ce qu'il allait dire, je ne m'attachais plus au sens de ses mots et finis par ne plus entendre que le son monocorde de sa voix. Celui-ci m'entraina, en deça de la pensée, vers cette profondeur de l'Etre où régne cette Paix tant cherchée. Soudain je m'éveillais à cette Conscience qui englobait tout, ne connaissant plus ni fragmentation ni conflit. Je tournais mon regard vers l'eau du Lac qui clapottait à mes pieds. Un cygne était là, tout près, qui me regardait d'un air de dire: alors, tu te réveille enfin? J'étais cette chose, cet Etre, cette Conscience Infinie qui prenait toutes les formes et tous les visages et en moi s'exprimait par moi. Mais j'étais aussi l'eau du Lac, j'étais les roches de la jetée, j'étais Khosrow qui inconscient de ce qui m'arrivait continuait son monologue.

Ne trouvant pas les mots pour lui expliquer l'expérience que je vivais et cherchant intensément le moyen de la lui communiquer, instinctivement, je levais les yeux au ciel.

Très haut au dessus de nos têtes, tournaient des centaines d'oiseaux, peut-être des milliers. Leur formation constituait, sous l'angle où nous l'observions, le signe mathématique de l'Infini. Ce signe était géométriquement vraiment parfait et je pèse mes mots: une merveille! Il roulait en lui-même, se déplaçant lentement sur notre droite. Pendant un temps que j'évalue à une dizaine de minutes mais qui me parrût une éternité, les oiseaux gardèrent leur formation parfaite. Puis celle-ci se rompit soudain et ils se dissipèrent en un amas chaotique. Khosrow  avait cessé de parler. Ce fût la dernière fois que nous discutâmes du Tao et de Lao tseu. Quelque mois plus tard, seule Shahnaze évoqua l'incident, me disant à quel point Khosrow avait été impressionné. J'avoue que moi aussi. A San Francisco, j'avais connu un autre satori ou expérience de l'Unité mais, bien que lui aussi d'une très grande valence, il n'avait pas ce côté spectaculaire qui incluait une participation d'éléments de l'espace extérieur.

On comprend pourquoi, lors de ma quête psychologique, je me passionnerai pour la synchronicité de Jung et particulièrement la fameuse session au scarabée, qui pour moi est à mettre en rapport avec la non divisibilité du monde quantique et ne représente qu'un début d'approche de l'Unité Infinie, sous- jacente à la multiplicité apparente de l'univers.

On peut se demander pourquoi les expériences spirituelles de cette Paix qui semble si naturelle et si proche lorsqu'on y est, ne durent pas. Pourquoi la pensée et son verbiage dans lequel nous vivons et qui fragmente le monde, se recrée-t-elle inlassablement? Essayez donc d'arrêter votre pensée, ne serait-ce qu'une minute, et vous prendrez la mesure de l'emprise qu'elle a sur vous. En fait, c'est notre organisme qui, pour nous distraire de nos traumatismes non résolus, diffuse cette nébuleuse de pensées, comme une évasion constante et, ce faisant, nous y exile. C'est pourquoi la pratique de la méditation peut durer parfois toute une vie. D'où l'intérêt de désactiver les charges traumatiques qui nous habitent. Le mieux restant bien entendu de ne pas les créer du tout, mais c'est une autre histoire.

 

 
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